5 juil. 2008

La convenance des idées



- "Allons, plongeons et soyons en entier ce Ciel où le Monde rêve d'être représenté!"


- Don Penúl, est-il légitime que la convenance de ces idées passent aussi brutalement de la réalité authentique des choses à la réalité formelle et hasardeuse de l'esprit?

- Eh bien Lancinante, pardonnez ma vulgarité, mais, pour un bourricot moribond, voilà un discours bien torché ! Il faut que je me place tel que vous en espérant que ce vent remue les entrailles de mon cerveau aussi brillamment que vous et que jaillissent encore certaines suites de mots entraînant l’invérifiable mais stupéfiante correspondance, que dis-je, le mariage des idées et des choses...
- Accrochez-vous, le voyage ne saurait être autre que long...

- Il n'est point encore temps de geindre, Lancinante, bourricot savante. Mais il est temps de se laisser porter et de se rendre au passage, non pas "pieds et poings liés", mais libérés des contraintes par le pouvoir des choses et des présences, et déchirer le voile tissé par nos étroites idées...



...vacances...

4 juil. 2008

Glorieux souvenirs



«- Elle est trop froide...»



Dans un même geste, après tant de révolutions, le soleil, inachevé, poursuit sans relâche sa course effrénée.
- Venez Lancinante, qu'un nouvel esprit remplace l'ancien et que chacun de nous, renonçant à l'égalité, garde les yeux fixés sur l'horizon en attendant les ordres. Suivons les astres qui nous montrent la route. Armés de la seule force que l'âge nous permet: d'un même geste à l'orgueil démesuré, irrité par les caprices de tant d'injustices et de cruautés, nous irons sans crainte et sans reproches. Nous maintiendrons l'autorité et sa maison hors d'atteinte. Quand, dans la paix de notre vieillesse, nous nous souviendrons de cela, outre le poids des ans, le corps tout affaissé par le décharnement, et que notre fin si peu lointaine réveillera encore de nouvelles espérances, nous supporterons avec bonheur nos souvenirs glorieux et le poids de nos vœux impuissants.

Lancinante a le pas hésitant, elle peine à entrer dans les flux et les reflux incessants...

3 juil. 2008

Pendant ce temps


«Pendant ce temps l'Esprit, sans grand plaisir,
Au sein de son bonheur se retire :
L'Esprit, cet Océan où chaque sorte
Sa pareille trouve et conforte ;
Et crée cependant, pour les transcender,
D'autres mondes au loin, et d'autres mers ;
Réduit toute création à sa perte,
Verte pensée dans une ombre verte.»*


Andrew Marvell, The garden




- Comment pouvez-vous voir toutes ces choses incompréhensibles ? Quand à moi, pauvre hère, je ne vois qu'une mer qui se déchaîne et me guette, affamée. Je la fixe, sans comprendre et n'entends que le vent qui me secoue la tête et se fraie un chemin dans un labyrinthe confus des choses obscurément agitées et d'amertume dans lequel ma mémoire essaie encore, pour quelques temps, d'échapper au naufrage. Ces choses ne peuvent, pas plus que les vagues de la mer, ces effrontées, ni se figer, ni se mouvoir autrement que dans le mouvement qui les fait naître : ce vent qui nous mord et nous entraîne dans l’existence des choses hors de nous.

2 juil. 2008

Abysme



«...magnis curarum fluctuat undis...»*

Catulli carmina, LXIV, 50 - 70

*"les chagrins la roulent, de leurs grandes vagues"(62)





- Comment va se dérouler notre quête, preux cavaleur à la souriante figure ?
- Dans cette suite de mise en abysme, je ferais appel à votre exemple et s'il peut sembler ainsi que le conventionnel prenne le dessus, je vous montrerai que cela est abusif au regard de ce qui suivra. En réalité, nos valeurs héroïques n'apparaîtront qu'au creux de la vague. En négatif si je puis dire ainsi. À l'ombre du mouvement incessant du temps qui roule sur lui-même avant de s'écraser sur les restes de ce qu'il a réduit en poussière.




- Regarde au loin Lancinante, c'est un regard sur toi : toi qui a été et qui sera cet incompréhensible miroir, vide et plein, mental et spirituel, fruit de tes rêves et de tes pensées.

1 juil. 2008

Arrière pensée !



«...afin que les vieux livres s'obscurcissent à la lueur des nouveaux
qui sortiraient un jour...»

Don Quichotte

- Don Penúl, puis-je connaître votre prénom ?
- Arrière pensée ! Par les liens secrets qui nous lient, vous ne le pouvez pas, chère Lancinante. Cela restera un secret que je me suis promis de bien garder.
- Qui donc après vous, et de vous, pourrait s'en souvenir si jamais vous ne le dites ?
- C'est précisément l'objet secret de notre quête.




- Ne craignez-vous pas de ne faire que reproduire ce qui, dès l'origine, n'était déjà en soi, qu'une pâle imitation ?
- Je ne crains rien moins que cela, mais il me sied d'être confronté à cela. Ce n'est pas le moindre des risques qui fera le héros. De plus il n'est pas de lecteur qui, un jour, au hasard des lectures, à l'ombre des mots rouffus, ne rencontre celui qui le fera modèle.

30 juin 2008

Généalogie


"Pleust à Dieu qu'un chascun sceust aussi certainement sa geneallogie, depuisl'arche de Noë jusques à cest eage! Je pense que plusieurs sont aujourd'huy empereurs, roys, ducz, princes et papes en la terre, lesquels sont descenduz de quelques porteurs de rogatons et de coustretz, comme, au rebours, plusieurs sont gueux de l'hostiaire, souffreteux et miserables, lesquelz sont descenduz de sang et ligne de grandz roys et empereurs, attendu l'admirable transport des regnes et empires"*...

- Mon Maître, auriez-vous la sympathie de bien vouloir me parler plus simplement ?
- Pourquoi cela Lancinante ?
- Pour la bonne raison que je ne comprends rien à la descendance des règnes et autres fanfreluches de l'esprit.

*Gargantua,
Rabelais


29 juin 2008

Porteur


- Ayant donc longuement réfléchi, mon Maître, je me suis subitement aperçu que, des choses visibles par leur nature, ce qui est là sous mon nez et entre les deux orieilles, ne pourrait jamais sortir un "Tout dépourvu d’intelligence qui fût plus beau qu’un Tout intelligent"!
Et, en outre, que la pensée ne peut naître en nulle chose, si on la sépare de l’Âne qui la porte...

28 juin 2008

Avant de commencer



- "Soit donc le Ciel tout entier ou le Monde!"*


Posons d’abord, en ce qui nous touche, une question que, dirions-nous, il faudrait poser avant de commencer toute chose.
- Avons-nous existé toujours, n’y a-t-il pas eu un commencement bien avant notre naissance, comme le dit Socrate. A-t-il commencé à partir d’un certain terme initial dont nous serions, en quelque sorte une des fins possible ?

- Mon Maître que je porte au mieux, je ne suis, de par ma condition, point assez élevé de corps et surtout d'esprit pour vous répondre !




* Platon, Timée

27 juin 2008

Serviteur



- Montez, chevalier ! Et que votre âme ne reste céans !


- C’est en pensant à vos paroles d’hier, quand, de grand cœur, vous m’avez prié de vous laisser élargir mon point de vue sur les étendues infinies, que j'ai décidé de ne point mourir sur le champ. Je pensais que personne ne serait plus capable que vous-même, si vous le voulez encore, de poursuivre un si noble mais poussiéreux chemin. Après avoir si longtemps hésité, vous avez engagé votre si profonde personne dans une périlleuse quête et combattu le doute qui sans cesse nous étreint.Vous avez su trouver les mots et les gestes qui réveillent. Il n’y a que vous qui avez partie liée à ces temps anciens, ruines majestueuses mais rugueuses, parmi les hommes de ce temps qui puissiez m'insuffler cet air large, profond et pourtant vif qui me convienne. Maintenant que j’ai traité la question dont vous m’aviez chargé, je vous prie à mon tour de me traiter, non comme destrier, mais comme serviteur et compagnon. Je ne suis plus guère qu'un misérable et inconfortable sac de peau, mais ce qu'il contient ne recèle pas que des os et des maux. C'est ainsi que, sur mon dos, vous pourrez à votre tour étendre votre regard aux plus lointaines lunes.




Celui qui sait voyager ne laisse pas de traces.
Celui qui sait parler ne fait pas de fautes.
Celui qui sait compter n'a pas besoin de boulier.
Celui qui sait garder n'a nul besoin de serrures
Pour fermer, ni de clés pour ouvrir.
Celui qui sait lier n'utilise pas de cordes
Pour nouer.

Ne pas révérer l'enseignement subtil
Ne pas respecter la matière brute
Amène grande erreur
Quel que soit le savoir.

La parole conduit au silence
Autant en pénétrer le sens.

L'essentiel est énigme.

Lao Tseu

26 juin 2008

Partage de bon coeur


- Cher Lancinante, sans vouloir vous faire offense, de nombreux témoignages de mes sens me forcent à croire que vous n'êtes, de par votre naturel et votre éducation, à la hauteur des questions et de la quête qui nous préoccupent. Il me faudra, pour remédier à cela, que je me hisse au-dessus de vous pour atteindre une certaine hauteur de point de vue. Celle-ci ayant été atteinte, il ne fera aucun doute que nos horizons s'élargissent. Le mien par la hauteur que vous me prêterez et le votre par ce que je partagerai avec vous. Ce à quoi je consens de bon cœur.

25 juin 2008

À l'ombre du bâton


- Levez-vous, mon brave, l'histoire nous attend !

Au moment précis où l'ombre du bâton disparait:

- Je veux qu'en plein midi se dévoile enfin ce qui ne peut se voir qu'à minuit !

"Et durera ce temps de passepasse
Iusques à tant que Mars ayt les empas.
Puis en viendra un que tous aultres passe
Dilitieux, plaisant, beau sans compas,
Levez vos cueurs: tendez à ce repas
Tous mes féaulx. Car tel est trespassé
Qui pour tout bien ne retourneroit pas,
Tant sera lors clamé le temps passé"*

24 juin 2008

"Et les abysmes eriger au dessus des nues "*


"Tout bon vouloir aura son compromis.
Et le soulas qui iadis fut promis
Es gens du ciel, viendra en son befroy.
Lors les haratz qui estoient esthommys
Triumpheront en royal palefroy."*


-Que le jour se lève s'il veut être à l'image de l'homme que je peux être !

Walid Neill



*"Et les abysmes eriger au dessus des nues "

Rabelais

23 juin 2008


«Toutes choses sont mêmes et non mêmes"

Corpus hippocratique, Du régime, I, 5.

22 juin 2008

Constance


«Finalement, il n'y a aucune constante existence, ny de notre estre, ny de celuy des objets. Et nous, et notre jugement, et toutes choses mortelles, vont coulant et roulant sans cesse. Ainsin il ne se peut establir rien de certain de l'un à l'autre, et le jugeant et le jugé estans en continuelle mutation et branle.»

Montaigne, Essais.

20 juin 2008

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