samedi 8 août 2026

(170) L’abracadabrante histoire de l’Enfant Lune


 « La mémoire croit avant que le savoir ne se souvienne. Elle croit plus longtemps que le souvenir ne se rappelle, plus longtemps même que le savoir ne s’interroge.»

Faulkner, Lumière d’août 


Où la vie se révèle comme une suite ininterrompue de soubresauts, de mémoires et mensonges qui, se mariant avec félicité et ne cessant à l’infini de se tromper… se retrouvent souvent en de nouveaux commencements…

Il faudrait peut-être commencer par se méfier de ce mot de suite… et plus encore de tout qui s’y ajoute… et paraît promettre un ordre là où il ne désigne peut-être que le fait, beaucoup plus modeste et beaucoup plus extraordinaire, que quelque chose vient après quelque chose, sans que rien nous assure que cet après en soit la conséquence, l’accomplissement, la punition ou même le descendant légitime… Car la vie, si elle possède une continuité, ne semble guère avoir reçu avec elle l’obligation de nous en fournir le plan, et nous avançons dans cette continuité comme quelqu’un qui, ayant trouvé sur une plage quelques planches, une corde, un morceau de voile et, pourquoi pas, la tête de bois usée d’une marionnette décapitée
, conclurait avec une assurance admirable qu’il tient désormais entre ses mains les plans d’un navire… ou d’une histoire terre-à-terre qui nous mènerait à bon port…
Ce quelqu’un, loin du quelconque, tient pourtant quelque chose. Et c’est déjà beaucoup. Car le soubresaut n’est pas l’interruption de la vie… il est peut-être sa manière la plus élémentaire de continuer. Le cœur lui-même, ce petit théologien, tout de muscles et de nerfs vêtu, qui ne nous demande jamais notre avis, ne sait vivre qu’en recommençant ce qu’il vient d’achever.. Il se contracte, se relâche, se remplit, bon ou mauvais, de ce qu’il devra aussitôt chasser, et cette fidélité à l’inconstance suffit provisoirement à nous maintenir parmi les vivants. Nous voudrions que vivre soit tenir. Notre corps, avec une insolence assez ancienne pour être pardonnée, nous enseigne que tenir consiste souvent à lâcher et à reprendre.
La mer ne procède pas autrement.
Ce que nous appelons son calme n’est que l’insuffisance de notre regard. Sous cette surface que nous déclarons immobile parce qu’elle a eu la courtoisie de ne pas nous renverser, des masses d’eau glissent, plongent, remontent, se rencontrent, se contournent ; les différences de température et de densité déplacent lentement des immensités que nul spectacle ne vient nécessairement signaler à celui qui regarde depuis la rive. Une eau en porte une autre, qui la pénètre sans exactement s’y perdre, tandis qu’une troisième, plus froide ou plus salée, descend sous elles comme une mémoire trop lourde qui aurait trouvé, non pas la paix, mais sa profondeur.
Peut-être nos mémoires se déplacent-elles ainsi.
Nous parlons volontiers de la mémoire comme d’un lieu où quelque chose aurait été conservé. Quelle étrange confiance dans les magasins ! La mémoire n’entrepose pas le passé : elle le remet en circulation. Chaque souvenir qui remonte traverse les eaux présentes, en reçoit la température, la lumière, les courants, et celui qui revient n’est déjà plus celui qui était descendu. Il s’est chargé de sels étrangers, il a longé des fonds dont nous ignorions l’existence, il a rencontré d’autres souvenirs avec lesquels, dans cette obscurité où notre conscience ne descend qu’épisodiquement et toujours fort mal équipée, il a contracté des alliances douteuses.
C’est ici que le mensonge entre en scène.
Il entre d’ailleurs sans frapper, ayant depuis longtemps les clefs de la maison.
Mais il faudrait lui rendre cette justice : il n’est pas toujours l’ennemi de la vérité. Il arrive même que la vérité, cette grande dame sévère que nous imaginons vêtue de blanc et marchant droit, soit obligée, pour traverser notre existence, d’emprunter les vêtements beaucoup plus commodes du mensonge. Nous nous racontons ce qui nous est arrivé ; aussitôt que nous le racontons, nous choisissons, déplaçons, rapprochons, oublions, inventons peut-être une causalité là où il n’y avait qu’une rencontre, puis nous nous souvenons de notre récit et bientôt le récit devient lui-même un événement de notre passé.
Ainsi le mensonge ne vient-il pas nécessairement après la mémoire pour la corrompre.
Ils naissent presque ensemble.
Ils sont de la même eau.
Et leur mariage, comme tous les mariages heureux, repose peut-être sur un malentendu suffisamment profond pour durer.
La mémoire dit au mensonge : je te reconnais.
Le mensonge lui répond : moi aussi.
Et aucun des deux ne sait exactement qui il vient d’épouser.
C’est pourquoi ils peuvent se marier avec félicité.
La félicité, ici, ne signifie pas qu’ils disent vrai ; elle signifie qu’ils produisent. De leur union naissent ces créatures étranges que nous appelons notre enfance, notre histoire, nos fidélités, nos blessures, nos remords, parfois même nos convictions, et dont nous découvrons avec stupeur, vingt ou cinquante années plus tard, qu’elles possèdent des traits qui ne ressemblent ni tout à fait au père ni tout à fait à la mère.
Mais il y a davantage : ils ne cessent à l’infini de se tromper.
Et le verbe est admirablement perfide, puisque se tromper signifie commettre une erreur autant que tromper l’autre ou se tromper soi-même ; de sorte que mémoire et mensonge vivent dans une infidélité réciproque qui est précisément ce qui les empêche de se figer. La mémoire trahit le mensonge qu’elle avait adopté ; le mensonge rectifie parfois, sans le savoir, une mémoire devenue trop sûre d’elle-même ; quelque chose que nous avions tenu pour certain se fissure, quelque chose que nous avions déclaré faux recommence à respirer, et voici qu’au milieu de ce petit désastre domestique apparaît une ouverture.
Le pire n’est pas toujours sûr.
Le meilleur non plus, ce qui est moins consolant mais philosophiquement plus propre.
Car rien ne garantit que cette ouverture soit une délivrance. Elle est seulement une possibilité de mouvement, et c’est déjà ce qui la distingue de la tombe, encore que la tombe elle-même, si nous consentons un instant à la regarder avec les yeux de la matière plutôt qu’avec ceux du propriétaire du corps, soit un lieu fort occupé où rien ne semble respecter longtemps l’immobilité que nous attribuons aux morts.
Tout se transforme parce que rien ne sait parfaitement rester ce qu’il est.
Le feu nous l’apprend avec une brutalité supérieure.
Nous le regardons monter et nous disons : le feu monte. Mais ce qui monte avec lui est davantage que la flamme. L’air chauffé devient ascendance, entraîne vapeur, particules, fumées, et si l’incendie est assez vaste, assez violent, assez obstiné dans son travail terrestre, il fabrique au-dessus de lui les conditions atmosphériques d’une autre puissance : la convection s’organise, le nuage naît du feu, grandit de ce qui le nourrit, jusqu’à devenir parfois pyrocumulonimbus, architecture météorologique engendrée par la destruction, colonne monstrueuse dans laquelle les courants ascendants appellent leurs contre-courants, où l’eau issue de la chaleur peut retourner vers la terre, où la foudre peut naître de l’incendie et quelquefois rallumer ailleurs ce dont elle est née.
Voilà une généalogie dont aucune famille ne voudrait faire graver l’arbre au-dessus de la cheminée.
Le feu engendre le nuage.
Le nuage engendre la foudre.
La foudre engendre le feu.
Et celui qui demanderait lequel des trois a commencé poserait sans doute une question raisonnable à laquelle le monde, qui n’a jamais promis d’être raisonnable dans les mêmes termes que nous, pourrait répondre en recommençant à brûler.
Il y a dans cette circulation quelque chose qui ressemble terriblement à notre vie intérieure. Une ancienne brûlure produit une mémoire ; cette mémoire accumule autour d’elle ses vapeurs, ses récits, ses mensonges nécessaires ou accidentels ; elle devient peu à peu un climat ; et un jour, longtemps après que le feu initial semblait éteint, une foudre tombe d’un ciel que nous avions nous-mêmes fabriqué sans le savoir.
Nous appelons cela : un événement.
Nous pourrions parfois l’appeler : un retour.
Mais retour serait encore trompeur, car rien ne revient jamais au lieu exact d’où il est parti. La mer le sait mieux que nous. Le courant revient peut-être, mais l’eau n’est plus la même ; la vague paraît recommencer son geste et pourtant aucune vague n’a jamais reçu mission de reproduire exactement la précédente. Le mouvement conserve une forme en changeant incessamment ce qui la compose.
Voilà peut-être ce que nous sommes.
Non pas une chose qui dure, mais une forme provisoire prise par ce qui passe.
Et ce qui passe ne passe pas simplement.
Cela tourbillonne, descend, remonte, s’échauffe, se refroidit, s’évapore, retombe, s’enfonce de nouveau ; cela emporte quelques débris, abandonne ailleurs quelques sédiments, creuse ce qui lui résiste et se laisse simultanément modifier par ce qu’il creuse. Il faudrait une singulière vanité pour exiger d’un être humain davantage de rectitude que de l’océan.
Nous avons pourtant inventé pour cela un mot magnifique : identité.
Et nous passons ensuite une partie considérable de notre existence à essayer de ressembler à ce mot.
Heureusement nous échouons.
Pas toujours assez, mais assez souvent pour continuer à vivre.
Car si la vie était seulement mémoire, elle serait répétition ; si elle était seulement mensonge, elle serait dispersion ; si elle était seulement soubresaut, elle serait convulsion. Mais ces trois puissances se mêlent, se contrarient et s’altèrent, comme dans l’océan les courants qui ne cessent de déplacer les frontières invisibles entre des eaux différentes, ou comme dans le ciel incendié les ascendances qui rencontrent les descentes et fabriquent de leur opposition même un organisme météorologique qui n’existait pas quelques heures auparavant.
Alors quelque chose commence.
Non pas malgré ce qui a précédé.
Avec.
Avec les erreurs, avec les faux souvenirs, avec ce qui fut réellement vécu et ce qui ne le fut peut-être jamais, avec ce que nous avons fait, ce qu’on nous a fait, ce que nous avons cru qu’on nous faisait, avec les histoires que nous avons inventées pour pouvoir traverser les histoires que nous n’avions pas choisies, et même avec ces mensonges dont nous découvrons tardivement qu’ils protégeaient quelque chose de vrai que la vérité, à l’époque, aurait peut-être détruit en voulant trop vite le mettre au jour.
Un commencement n’est donc pas nécessairement le contraire d’une fin.
Il arrive qu’il en soit le mouvement intérieur.
La forêt brûle, et nous voyons la destruction ; au-dessus d’elle pourtant quelque chose se forme, qui n’existerait pas sans cette destruction et qui ne la justifie nullement. Il faut tenir ensemble ces deux propositions, car le mysticisme devient obscène dès qu’il prétend que la souffrance était nécessaire pour produire ce qui lui succède. Non. Le feu ne devient pas bon parce qu’un nuage en est sorti. La perte ne devient pas heureuse parce qu’un jour quelque chose en nous a poussé dans son voisinage.
Mais le pire n’est pas toujours sûr parce que le pire lui-même ne possède pas entièrement son avenir.
C’est peut-être là que réside l’espérance, si l’on tient absolument à employer ce mot dangereux : non dans la conviction que tout finira bien, ce qui serait une manière particulièrement ingénieuse de mentir au malheur, mais dans l’impossibilité où se trouve ce qui arrive de décider une fois pour toutes de ce qui en naîtra.
L’événement ne possède pas la totalité de ses conséquences.
La cause ne règne pas sur ses descendants.
Le passé lui-même perd ainsi quelque chose de sa souveraineté.
Non qu’il puisse être défait. Ce qui a eu lieu a eu lieu, et même Dieu, disait-on jadis en disputant sérieusement de ces choses, ne saurait faire que ce qui fut n’ait pas été. Mais ce qui fut ne contient peut-être pas encore tout ce qu’il aura été.
Car il reste les mémoires.
Et leurs mensonges.
Et leurs enfants.
Et les enfants de leurs enfants, qui liront autrement ce que leurs ancêtres avaient cru comprendre, déplaceront une virgule, retourneront une pierre, ouvriront une vieille boîte, prononceront un nom avec une intonation différente, et voici que ce qui paraissait achevé recommencera — non pas intact, non pas innocent, mais vivant précisément parce qu’il aura été altéré.
Ainsi la vie pourrait-elle être moins une ligne qu’un immense système de courants, avec ses profondeurs froides, ses remontées, ses eaux de surface chauffées par un soleil qui n’a aucune idée de nos métaphores, ses tempêtes, ses zones presque immobiles et ces mouvements tellement lents qu’une existence entière ne suffit pas à les apercevoir ; tandis qu’au-dessus, dans l’atmosphère, le feu fait monter ce qui semblait devoir rester à terre, le transforme en nuage, et le ciel restitue ailleurs, sous une autre forme, ce qu’il avait reçu.
Nous appelons peut-être commencement l’instant où nous reconnaissons quelque chose qui avait commencé sans nous.
Et nous appelons fin l’instant où nous cessons de pouvoir suivre ce qui continue.
Entre les deux, avec un sérieux admirable, nous disons : ma vie.
Le monde, qui possède heureusement un sens assez médiocre de la propriété privée, poursuit son mouvement.
Alors oui : soubresauts, mémoires et mensonges se marient, divorcent, se remarient, se trompent entre eux et se trompent d’époque, prennent parfois pour un souvenir ce qui était une attente et pour une catastrophe ce qui n’avait pas encore fini de commencer ; et de cette immense erreur en mouvement, qui n’est ni pure erreur ni pure vérité parce qu’elle est faite de matière vivante prise dans le temps, surgissent quelquefois ces commencements que nous croyons nouveaux parce que nous arrivons juste à temps pour ne pas avoir vu leur naissance.
Et peut-être est-ce une chance.
Car s’il fallait assister au commencement de tous nos commencements, nous n’aurions plus le temps de vivre.
Le pire n’est pas toujours sûr.
Le commencement non plus.
Et c’est justement pourquoi, quelquefois, il commence.
J’ai volontairement laissé les mouvements marins et le pyrocumulonimbus devenir davantage que des métaphores : ils constituent ici presque une physique de la pensée. Mais il y a surtout, me semble-t-il, quelque chose à poursuivre dans cette phrase : « ce qui fut ne contient peut-être pas encore tout ce qu’il aura été ». Elle introduit un paradoxe temporel qui rejoint très directement ce que nous avons approché autour de l’écriture, de la lecture et de ce passé qui, sans pouvoir être changé, continue pourtant de changer de sens.


vendredi 7 août 2026

(169) The abracadabrante story of Child Moon


“To write is to surrender oneself to the fascination of what withdraws. Writing begins when the writer realizes that he is spoken more than he speaks.
A voice calls to him that is not his own, a voice without origin, an alien thought that comes to him without aiming at him.”

Maurice Blanchot, The Space of Literature


Where each sentence awaits its incarnation, and where Don Carotte, midway through his story, alone and having, according to himself, accomplished nothing yet, seized as though by vertigo, as much from the effects of the leaves of the tree he has just left as from this solitude, brings forth what he does not understand.
Floating, literally seated upon a fallen sun from the battered big top of a circus travelling from island to island across the Archipelago, quill in hand, brow furrowed and eyes closed, he allows the slightest destiny to come to him...


Don Carotte’s Notebook
— Something is coming to me, something muffled, tangled... stirring inside me and making me tremble slightly. It twists my guts and announces itself like a thought. But then it slips away from me in a flash, like an eel beneath a rock. It is there, I can feel it... not here... (he taps his skull)... but lower down, or farther away... or inside... A deep inside that carries me away...

He rises and endlessly turns round and round upon himself...

— Could this be... an idea I feel welling up beneath my cap? Some kind of naked knowledge, stripped of its vocabulary... or an ancient murmur that has never yet been put into words? I trace, I write, I cross out, I scribble, I erase, and yet... I can feel it, it is looking at me... passing right through me... and still I tremble...
I feel it as though I myself were being thought... from outside... by a thought that is not mine.

(He stops, eyes wide.)

No, I must not remain alone... I need some companion, for want of a lady companion in this countryside. Someone to assist me, who will know what I am saying before I have even said it. A being... capable of thought. Yes... but not too much... and one I would make myself, mind you! A creature of intelligence... homemade... whom I could keep at the end of my quill or my stick whenever he became too sharp. That is it... I shall call him... What shall I call him?... Sang Chaud. There: Sang Chaud... because true thought... burns! And because I am cold... I tremble, and the blood rushes to my head whenever anyone speaks to me of ontology.

Exhausted, he lets himself fall... sits down once more, and writes into the emptiness of the blank page.

— Sang Chaud it is! he says, gazing into the distant void. And since here you are, Sang Chaud, speak to me! Explain what is coming to me and what I cannot yet grasp. You are of my mind, so you owe me at least that much. But beware... if you surpass me... as befits the creator, I shall tear the words from you... I am your author, am I not?
Silence. Then a calm but firm voice rises from no one knows where. Sang Chaud enters the scene.

Sang Chaud
— You might, Messire Singulier...

Don Carotte
— Don Carotte... that is my name, and I beg you not to tear it from me!

Sang Chaud
— Messire Don Carotte au noble Fan, I thank you... whether through distraction or fever... for having invented me...

Don Carotte, dubious to say the least... unable to distinguish l’art du bon port, finds nothing to object to... Sang Chaud continues...

— Indeed, Don Carotte... Perhaps I was created so that I might better understand you... though that remains to be demonstrated... But... dare I say it... yes... understand that... nevertheless, in this present, this beginning, I meant to say... I do not... or no longer belong to you...

Don Carotte
— The slightest step in that direction may prove to be one too many... Knave!

By good fortune, or through shared interests, Don Carotte tells himself that it would be wiser to calm down...

— I shall know, Sang Chaud, for the sake of a better beginning... how to show myself magnanimous... but this once only... Mark my words!

The name Sang Chaud has deliberately been left untranslated. Literally, it could be rendered as “Hot Blood,” but such a translation would lose much of what the French name carries within it: blood, warmth, heat, temperament, agitation, and the bodily surge of thought itself. It is therefore “untranslatable” not because no equivalent words exist, but because translating it would diminish its meaning.


(169) A abracadabrante história da Criança Lua


« Escrever é entregar-se ao fascínio daquilo que se esquiva. A escrita começa quando o escritor se apercebe de que é mais falado do que fala.
Uma voz o chama que não é a sua, uma voz sem origem, um pensamento estranho que lhe chega sem o visar.»

Maurice Blanchot, O Espaço Literário


Onde cada frase aguarda a sua encarnação e onde Don Carotte, a meio da sua história, sozinho e não tendo ainda, segundo ele próprio, realizado coisa alguma, como que tomado de vertigem, tanto pelos efeitos das folhas da árvore que acaba de deixar como por essa solidão, engendra aquilo que não compreende.
Flutuando, literalmente sentado sobre um sol caído da tenda desconjuntada de um circo que viaja de ilha em ilha pelo Arquipélago, pena na mão, testa franzida e olhos fechados, deixa vir até si o mais ínfimo destino...



Caderno de Don Carotte

— Há qualquer coisa que me vem, qualquer coisa surda, emaranhada... que se agita e me faz tremer ligeiramente. Torce-me as entranhas e anuncia-se como um pensamento. Mas escapa-me, de um golpe, como a enguia sob a rocha. Está ali, sinto-o... não aqui... (bate levemente no crânio)... mas mais abaixo, ou mais longe... ou dentro... Um dentro profundo que me arrasta...

Levanta-se e, interminavelmente, anda às voltas sobre si próprio...

— Será isto... uma ideia que sinto brotar sob o meu barrete? Uma espécie de saber inteiramente nu, sem o seu vocabulário... ou um murmúrio antigo que nunca chegou a ser formulado? Traço, escrevo, risco, rabisco, apago e, no entanto... sinto-o, olha para mim... atravessa-me de uma ponta à outra... e ainda tremo...
Sinto-a como se eu próprio estivesse a ser pensado... de fora... por um pensamento que não é o meu.

(Detém-se, de olhos muito abertos.)

Não, não devo ficar sozinho... preciso de algum comparsa, à falta de companheira nesta campanha. Alguém que me assista e saiba o que digo antes mesmo de eu o dizer. Um ser... pensante. Sim... mas... não demasiado... e que eu próprio fabricaria, não é verdade! Uma criatura de inteligência... feita em casa... que eu pudesse manter na ponta da pena ou do bastão quando se tornasse demasiado aguçado. É isso... Vou chamar-lhe... Como vou chamar-lhe?... Sang Chaud. Eis Sang Chaud... porque o pensamento verdadeiro... queima! E porque eu tenho frio... tremo e o sangue sobe-me à cabeça assim que alguém me fala de ontologia.

Exausto, deixa-se cair... senta-se novamente e escreve no vazio da página em branco.

— Pois seja Sang Chaud! diz ele, olhando para o vazio ao longe. E já que aí estás, Sang Chaud, fala-me! Explica-me aquilo que me vem e que ainda não consigo apreender. És do meu espírito, portanto bem me deves isso. Mas tem cuidado... se me ultrapassares... como convém ao criador, arrancar-te-ei a palavra... Sou o teu autor, não sou?
Silêncio. Depois, uma voz calma mas firme ergue-se não se sabe de onde. É Sang Chaud que entra em cena.

Sang Chaud
— Poderíeis, Messire Singulier...

Don Carotte
— Don Carotte... esse é o meu nome, e peço-vos que não mo arranqueis!

Sang Chaud
— Messire Don Carotte au noble Fan, agradeço-vos... por distração ou por febre... terdes-me inventado...

Don Carotte, no mínimo perplexo... não sabendo distinguir l’art du bon port, nada encontra para retorquir... Sang Chaud prossegue...

— Certamente, Don Carotte... Talvez eu tenha sido criado para melhor vos compreender... o que ainda está por demonstrar... Mas... ousaria dizê-lo... sim... compreendei que... apesar disso, neste presente, neste começo, queria eu dizer... eu não vos pertenço... ou já não vos pertenço...

Don Carotte
— O mais pequeno passo nessa direção arrisca-se a valer demais... Vilão!

Por sorte, ou por interesses partilhados, Don Carotte diz para consigo que seria melhor acalmar-se...

— Saberei, Sang Chaud, para melhor começar... mostrar-me magnânimo... mas apenas desta vez... Ficai sabendo!


O nome Sang Chaud foi deliberadamente mantido em francês. Literalmente, poderia ser traduzido por «Sangue Quente», mas essa tradução faria perder a rede de sentidos contida no francês: o sangue, o calor, o ardor, o temperamento, a agitação e o próprio impulso corporal do pensamento. Mais importante ainda, quando pronunciado em francês, Sang Chaud faz ouvir muito de perto «Sancho», associação que se torna tanto mais significativa quanto o nome Don Carotte, por sua vez, evoca obliquamente Dom Quixote. O nome é, portanto, «intraduzível» não porque seja impossível encontrar equivalentes para cada uma das suas palavras, mas porque traduzi-las romperia a rede de ressonâncias semânticas, fonéticas e literárias através da qual o nome adquire o seu sentido.


(169) Don Carotte crée Sang Chaud


« Écrire, c’est se livrer à la fascination de ce qui se dérobe. L’écriture commence lorsque l’écrivain s’aperçoit qu’il est parlé plus qu’il ne parle.
Une voix l’appelle qui n’est pas la sienne, une voix sans origine, une pensée étrangère qui lui vient sans le viser.»
 
Maurice Blanchot, L’Espace littéraire

 

 
 
Où chaque phrase est en attente de son incarnation et où Don Carotte, au mitan de son  histoire, seul et n’ayant, selon lui, encore rien accompli, comme pris de vertige, autant par les effets des feuilles de l’arbre qu’il vient de quitter que par cette solitude, engendre ce qu’il ne comprend pas.
Flottant, littéralement assis sur un soleil déchu du chapiteau déglingué d’un cirque voyageant d’île en îles sur l'Archipel, plume à la main, front plissé et yeux fermés, il laisse venir à lui la moindre destinée…

Carnet de Don Carotte 
 
– Il y a quelque chose qui me vient, quelque chose de sourd, d’embrouillé… qui s’agite et me fait légèrement trembler. Cela me tord les boyaux et s’annonce comme une pensée. Mais ça m’échappe, d’un trait comme l’anguille sous la roche. C’est là, je le sens… pas ici… (il tapote son crâne)… mais plus bas, ou plus loin… ou dedans… Un dedans profond qui m’emporte…

Il se lève, et, sans fin, tourne en rond sur lui-même…

– Serait-ce là… une idée que je sens sourdre sous ma coiffe? Un genre de savoir tout nu, sans son vocabulaire… ou un murmure ancien qu’on n’a jamais formulé? Je trace, j’écris, je rature, je gribouille, j’efface et pourtant… je le sens, ça me regarde… ça me traverse de part en part… et j’en tremble encore…
Je la sens comme si j’étais pensé moi-même… de l’extérieur… par une pensée qui n’est pas la mienne.
(Il s’arrête, les yeux écarquillés.)
Non, je ne dois rester seul… il me faut quelque comparse à défaut de compagne dans cette campagne. Quelqu’un qui m’assiste et saura ce que je dis avant même que je le dise. Un être... pensant. Oui… mais… pas trop… et que je fabriquerais par moi-même, n’est-ce pas!  Une créature d’intelligence
… faite maison… que je pourrais tenir au bout de la plume ou du bâton quand il deviendrait trop pointu. C’est cela… Je vais l’appeler…  Comment vais-je l’appeler… Sang Chaud. Voilà Sang Chaud… parce que la pensée vraie… ça brûle! Et que moi, j’ai froid…  je tremble et le sang me monte à la tête dès qu’on me parle d’ontologie.

Harassé, il se laisse tomber… s’assied de nouveau, et écrit dans le vide de la page vierge.

– Va pour Sang Chaud! dit-il en regardant le vide du lointain. Et puisque te voilà, Sang Chaud, parle-moi! Explique-moi ce qui me vient et que je ne saisis point encore. Tu es de mon esprit, donc tu me dois bien cela. Mais prends garde… si tu me dépasses... comme il sied au créateur, je t’arracherai la parole… Je suis ton auteur, non?

Silence. Puis, une voix calme mais ferme s’élève d’on ne sait où. C’est Sang Chaud qui entre en scène.

Sang Chaud 
– Vous pourriez, Messire Singulier…

Don Carotte 
– Don Carotte… tel est mon nom que je vous prie de ne point arracher!

Sang Chaud 
– Messire Don Carotte au noble Fan, je vous remercie… par distraction ou par fièvre… de m’avoir inventé… 

Don Carotte, dubitatif, pour le moins… ne sachant point distinguer l’art du bon port, ne trouve rien à redire… Sang Chaud poursuit…

– Certes, Don Carotte… Peut-être ai-je été créé pour mieux vous comprendre… ce qui reste à démontrer… Mais… oserais-je le dire… oui… comprenez que… pour autant, dans ce présent, ce commencement voulais-je dire… je ne vous appartiens pas… ou plus….

Don Carotte 
– Le moindre pas en cette direction risque de valoir plus… Manant!

 Par chance ou intérêts partagés, Don Carotte se dit qu’il vaudrait mieux se calmer…

– Je saurais, Sang Chaud,  pour mieux commencer… me montrer magnanime… mais uniquement pour cette fois… Tenez-vous le pour dit!



jeudi 6 août 2026

(168) The abracadabrante story of Child Moon



Where nothing is lacking to the one who is present without presenting himself before that which presents itself, and where this presence, even before the gaze distinguishes what it is looking at, seems already to belong to the depths themselves...

When the last eddies have drifted far enough away for the waters to recover that slow circulation which seemed never to have left them, although only moments before they had appeared to yield to an agitation of which nothing now remains except a memory already dissolved into their own movement, the Moon Child waits for nothing, because nothing is lacking to one who is present without presenting himself before that which presents itself, and because this presence, even before the gaze distinguishes what it is looking at, seems to belong to the depths themselves, as though the currents, long before encountering his body, had already passed through him, without there being any need to decide where they began, where they ended, or even whether they were passing through him at all, or merely continuing, through him as through those waters which never cease meeting without ever quite becoming one, a journey begun in a depth of which no other depth could truly claim to be the origin.
Then, very slowly, a midnight-blue mass consents to become visible, like a body emerging from darkness, yet without possessing the nature of darkness itself; rather, like a darkness which, after breathing for so long without form, finally agrees to let the immense rhythm of its breathing appear, so that the word whale, which might come to mind, seems almost impatient—not because it is false, but because it already closes over that which, precisely, remains open, for this presence belongs as much to the depths as to that other depth, still invisible, where it must nevertheless rise again to breathe, as though living consisted less in remaining within a single world than in never ceasing to join several worlds together... without any one of them ever being capable of wholly containing the others.
Its gaze... but is it still a gaze, or merely the movement of the waters continuing within it their slow drift? It then encounters the red of the timber, and he cannot tell whether it prolongs a gangway or remains what survives of a ship, because both thoughts present themselves together, neither requiring the other to disappear, and the word wreck, arriving almost despite him, is at once carried away by another current that prevents it from coming to rest, since a wreck presupposes a shipwreck, whereas absolutely nothing yet allows one to know what shipwreck might be at issue here: that of a vessel, perhaps—but why that one rather than another? Why that of the one who steered her rather than of the one who had just left her, or of the one who would never reach her, or even of someone of whom no trace appears? Little by little it becomes impossible to know whether the wood preserves the memory of an event, or whether it is the event itself that is still seeking, within that wood which has remained present, the form through which it might one day consent to let itself be recognized.
And while this thought—which is perhaps not a thought at all—continues to drift without seeking to know where it is going, the fire in turn appears, not as an answer, still less as another enigma, but with the simplicity of things that have no need to justify their presence in order to be there, so that it becomes almost impossible to decide whether the gangway leads toward it or away from it, whether the ship came to rest beside those flames or whether they were already burning before the ship had even become a ship, because all these possibilities seem less to exclude one another than to be slowly carried by a single current whose direction escapes us without ever ceasing to be perceptible, just as the deep waters respond to the winds that move the clouds—not because they imitate them, but because both alike obey, each according to its own substance, a movement greater than themselves, one which belongs to them no more than they belong to it.
And perhaps only then do the whale, the fire, the timber, the currents, and the Moon Child cease to be separate presences—not in order to become symbols of one another, but because they seem to partake in a single breathing whose beginning none of them possesses, whose ending none of them will doubtless ever know, and which carries them all, silently, toward that ever deeper depth where whatever presents itself has no need yet to be named in order to be fully present.


(168) A abracadabrante história da Criança Lua


Onde nada falta àquele que está presente sem se apresentar diante daquilo que se apresenta, e onde essa presença, antes mesmo que o olhar distinga aquilo que contempla, parece pertencer às próprias profundezas...



Quando os últimos remoinhos se afastam o suficiente para que as águas recuperem essa lenta circulação que parecia jamais tê-las abandonado, embora, apenas alguns instantes antes, tivessem cedido a uma agitação da qual agora nada subsiste senão uma lembrança já dissolvida no seu próprio movimento, a Criança Lua nada espera, porque nada falta àquele que está presente sem se apresentar diante daquilo que se apresenta, e porque essa presença, antes mesmo que o olhar distinga aquilo que contempla, parece pertencer às próprias profundezas, como se as correntes, muito antes de encontrarem o seu corpo, já o tivessem atravessado, sem que fosse necessário decidir onde começaram, onde terminavam, ou sequer se realmente o atravessavam ou simplesmente prosseguiam, através dele como através dessas águas que nunca deixam de se encontrar sem jamais se confundirem por completo, uma viagem iniciada numa profundidade da qual nenhuma outra profundidade poderia verdadeiramente dizer-se a origem.
Então, muito lentamente, uma massa de azul-noturno consente em tornar-se visível, como um corpo que surgisse da escuridão, mas sem possuir a natureza da própria escuridão; antes, como uma obscuridade que, depois de ter respirado durante tanto tempo sem forma, aceitasse finalmente deixar aparecer o ritmo imenso da sua respiração, de tal modo que a palavra baleia, que poderia ocorrer ao espírito, parece quase impaciente — não porque seja falsa, mas porque já encerra aquilo que, precisamente, permanece aberto, pois essa presença pertence tanto às profundezas quanto àquela outra profundidade, ainda invisível, à qual ela terá, contudo, de subir para respirar, como se viver consistisse menos em permanecer num único mundo do que em jamais deixar de ligar vários mundos... sem que nenhum deles possa alguma vez conter inteiramente os outros.
O seu olhar... mas será ainda um olhar, ou apenas o movimento das águas prolongando nele a sua lenta deriva? Encontra então o vermelho da madeira, da qual ele não sabe dizer se prolonga um passadiço ou se permanece como aquilo que resta de um navio, porque as duas ideias se apresentam ao mesmo tempo, sem que uma exija o desaparecimento da outra, e a palavra naufrágio, surgida quase contra a sua vontade, é imediatamente levada por outra corrente que a impede de se fixar, pois um destroço supõe um naufrágio, enquanto absolutamente nada permite ainda saber de que naufrágio poderia tratar-se aqui: o de um navio, talvez, mas por que precisamente esse e não outro? Por que o daquele que o conduzia, antes do daquele que acabava de o abandonar, ou daquele que jamais o alcançaria, ou até de alguém de quem nenhum vestígio aparece? Pouco a pouco torna-se impossível saber se a madeira conserva a memória de um acontecimento ou se é o próprio acontecimento que ainda procura, nessa madeira que permaneceu presente, a forma pela qual um dia consentirá em deixar-se reconhecer.
E enquanto esse pensamento — que talvez nem sequer seja um pensamento — continua a derivar sem procurar saber para onde vai, o fogo aparece por sua vez, não como uma resposta, menos ainda como um novo enigma, mas com essa simplicidade das coisas que não precisam justificar a sua presença para simplesmente estarem ali, de modo que se torna quase impossível decidir se o passadiço conduz até ele ou dele regressa, se o navio veio parar junto daquelas chamas ou se elas já ardiam quando o navio ainda não era um navio, porque todas essas hipóteses parecem menos excluir-se mutuamente do que serem lentamente transportadas por uma mesma corrente cuja direção escapa sem nunca deixar de ser sensível, exatamente como as águas profundas respondem aos ventos que deslocam as nuvens, não porque os imitem, mas porque umas e outros obedecem, cada qual segundo a sua própria matéria, a um movimento mais vasto que não lhes pertence mais do que elas lhe pertencem.
E talvez seja apenas então que a baleia, o fogo, a madeira, as correntes e a Criança Lua deixam de ser presenças separadas, não para se tornarem símbolos umas das outras, mas porque parecem participar de uma mesma respiração cujo começo nenhum deles possui, cujo fim nenhum deles provavelmente conhecerá, e que os conduz a todos, silenciosamente, para essa profundidade sempre mais profunda onde aquilo que se apresenta ainda não precisa ser nomeado para estar plenamente presente.


(168) L’abracadabrante histoire de l’Enfant Lune

 
Où rien ne manque à celui qui est présent sans se présenter face à ce qui se présente, et que cette présence, avant même que le regard ne distingue ce qu'il regarde, paraît appartenir aux profondeurs elles-mêmes…


 
Lorsque les derniers remous s'éloignent assez pour que les eaux retrouvent cette lente circulation qui semblait ne les avoir jamais quittées, bien qu'elles eussent paru, quelques instants auparavant encore, céder à une agitation dont rien désormais ne subsiste que le souvenir déjà dissous dans leur propre mouvement, l'Enfant Lune n'attend rien, parce que rien ne manque à celui qui est présent sans se présenter face à ce qui se présente, et que cette présence, avant même que le regard ne distingue ce qu'il regarde, paraît appartenir aux profondeurs elles-mêmes, comme si les courants, longtemps avant d'avoir rencontré son corps, l'avaient déjà traversé sans qu'il fût nécessaire de décider où ils commençaient, où ils finissaient, ni même s'ils le traversaient ou s'ils poursuivaient simplement, à travers lui comme à travers les eaux qui ne cessent de se rencontrer sans jamais tout à fait se confondre, un voyage commencé dans une profondeur dont aucune autre profondeur ne saurait dire qu'elle en est véritablement l'origine.
Alors, très lentement, une masse bleu nuit consent à devenir visible, comme un corps qui surgirait de l'obscurité, mais sans en avoir la nature... plutôt comme une obscurité qui, ayant longtemps respiré sans forme, accepterait enfin de laisser paraître le rythme immense de son souffle, de telle sorte que le mot baleine, qui pourrait venir à l'esprit, paraît presque impatient, non parce qu'il serait faux, mais parce qu'il semble déjà refermer sur ce qui, précisément, demeure ouvert, tant cette présence appartient tout autant aux profondeurs qu'à cette autre profondeur, invisible encore, où il lui faudra pourtant remonter respirer, comme si vivre consistait moins à demeurer dans un monde qu'à ne jamais cesser d'en relier plusieurs... sans qu'aucun puisse jamais entièrement contenir les autres.
Son regard... mais est-ce encore un regard ou seulement le mouvement des eaux poursuivant en lui leur lente dérive, rencontre alors le rouge du bois dont il ne sait dire s'il prolonge une passerelle ou s'il demeure ce qui subsiste d'un navire, parce que les deux pensées se présentent ensemble, sans que l'une demande à l'autre de disparaître, et que le mot épave, venu presque malgré lui, paraît aussitôt emporté par un autre courant qui l'empêche de s'immobiliser, puisqu'une épave suppose un naufrage, tandis que rien, absolument rien, ne permet encore de savoir de quel naufrage il pourrait être ici question, celui d'un bateau, peut-être, mais pourquoi celui-là plutôt qu'un autre, pourquoi celui de celui qui le conduisait plutôt que celui de celui qui venait de le quitter, ou de celui qui ne l'atteindrait jamais, ou même de quelqu'un dont aucune trace n'apparaît, si bien qu'il devient peu à peu impossible de savoir si le bois conserve la mémoire d'un événement ou si c'est l'événement lui-même qui cherche encore, dans ce bois demeuré présent, la forme par laquelle il consentirait un jour à se laisser reconnaître.
Et tandis que cette pensée, qui n'en est peut-être pas une, continue de dériver sans chercher où elle va, le feu apparaît à son tour, non comme une réponse, encore moins comme une énigme supplémentaire, mais avec cette simplicité des choses qui n'ont pas besoin de justifier leur présence pour être là, de sorte qu'il devient presque impossible de décider si la passerelle conduit jusqu'à lui, si elle en revient, si le bateau s'est arrêté auprès de ces flammes ou si celles-ci brûlaient déjà lorsque le bateau n'était pas encore un bateau, parce que toutes ces hypothèses semblent moins s'exclure qu'être lentement transportées par un même courant dont la direction échappe sans cesser pour autant d'être sensible, exactement comme les eaux profondes répondent aux vents qui déplacent les nuages, non parce qu'elles les imitent, mais parce que les unes et les autres obéissent, chacune selon sa matière, à un mouvement plus vaste qui ne leur appartient pas davantage qu'elles ne lui appartiennent.
Et c'est peut-être alors seulement que la baleine, le feu, le bois, les courants et l'Enfant Lune cessent d'être des présences séparées, non pour devenir des symboles les unes des autres, mais parce qu'ils paraissent participer d'une même respiration dont aucun ne possède le commencement, dont aucun ne connaîtra sans doute l'achèvement, et qui les porte tous, silencieusement, vers cette profondeur toujours plus profonde où ce qui se présente n'a pas encore besoin d'être nommé pour être pleinement présent.


mercredi 5 août 2026

(167) The abracadabrante story of Child Moon


"The depth of the sea is far more unknown than its vastness. Hardly have the first soundings, few and uncertain as they are, yet been made. The bold liberties we take upon the surface of that untamable element, our audacity in venturing across that profound unknown, are of little consequence and cannot diminish the sea's rightful pride. In truth, it remains closed, impenetrable."

Jules Michelet, The Sea, 1861



Where, in the relative and probably illusory calm of the depths, the whale has long since departed. Tossed by the currents and carried along invisible, endless pathways, the Moon Child, himself traversed by those currents, seems to be waiting. Perhaps he is waiting for the turbulence to subside, just as mist slowly dissolves, allowing the dark depths to become visible once more, where what he believes to be a monstrous fish appears and disappears within a time that dilates to the slow rhythm of its breathing.


There is an almost inevitable mistake we make whenever we think of the ocean: we imagine it to be still as soon as its surface disappears from view. Yet the deeper one descends, the more difficult movement becomes to perceive—and the more completely it governs everything.
In the depths, the water never ceases to travel. It neither falls nor rises. It glides. It exchanges its place with another body of water which, for centuries perhaps, has followed the same course without ever knowing either its origin or its destination. The currents move with such slowness that they seem to have renounced all haste. Yet this slowness deceives. On the scale of a human life, it is capable of displacing entire seas.
Cold water possesses a peculiar gravity. It is denser. Soundlessly, it seeks the depths as a thought naturally seeks what it does not yet know about itself. Lighter water, warmed elsewhere by a sun that never reaches these abysses, undertakes in return another journey. Thus are born immense circulations that obey no will, only an almost imperceptible difference in temperature or salinity. A few tenths of a degree are sometimes enough to set in motion masses of water whose weight exceeds all imagination. These movements have nothing of the tumult of waves. They resemble instead the slow drift of continents. They are liquid geologies.
It sometimes happens that two bodies of water meet without truly mingling. They brush alongside one another for hundreds of kilometers. Between them remains an almost invisible frontier, where density changes more rapidly than colors could ever reveal. Whoever could remain there might experience the strange sensation of passing through several seasons without advancing a single step. Deeper still, cold ceases to be a circumstance; it becomes a way of being for the water itself. The temperature varies so little that a tenth of a degree possesses the importance a mountain would have upon a plain. Nothing appears to change. Yet everything reorganizes itself around that infinitesimal difference.
Currents do not always follow a straight course. They bend and divide. They coil back upon themselves like the immense swirls of a smoke no one could ever see. Some bodies of water trace spirals stretching for dozens of kilometers before resuming their journey. Others rotate so slowly that their turning seems to belong more to time than to space. We believe them silent because the ear cannot hear them. Yet they possess a texture. Some waters seem thick without truly being so. Others give the impression of yielding more easily to whatever passes through them. This sensation does not arise from their substance, which remains the same, but from the minute differences in velocity that separate one neighboring layer from another. Water glides upon water like two sheets of glass separated by an invisible film.


(167) A abracadabrante história da Criança Lua


« A profundidade do mar é muito mais desconhecida do que a sua extensão. Mal foram realizados os primeiros sondamentos, poucos e ainda muito incertos. As pequenas ousadias que tomamos à superfície desse elemento indomável, a nossa audácia em percorrer esse profundo desconhecido, pouco representam e nada podem retirar ao legítimo orgulho do mar. Na realidade, ele permanece fechado, impenetrável.»

Jules Michelet, O mar, 1861



Onde, na calma relativa e provavelmente ilusória das profundezas, a baleia partiu há muito tempo. Levado pelos movimentos das correntes e percorrendo infinitos caminhos invisíveis, o Menino Lua, atravessado por essas mesmas correntes, parece esperar. Talvez espere que os remoinhos se dissipem, tal como o nevoeiro se desfaz, deixando novamente, muito lentamente, entrever as profundezas obscuras onde aquilo que ele julga ser um peixe monstruoso aparece e desaparece num tempo que se dilata ao ritmo lento da sua respiração.


Há um erro quase inevitável quando pensamos no oceano: imaginamo-lo imóvel assim que deixamos de ver a sua superfície. Contudo, quanto mais se desce, mais difícil se torna perceber o movimento — e mais completamente ele governa tudo.
Nas profundezas, a água nunca deixa de viajar. Não cai. Também não sobe. Desliza. Troca o seu lugar com outra água que, por vezes há séculos, percorre o mesmo caminho sem jamais conhecer a sua origem nem o seu destino. As correntes avançam com tal lentidão que parecem ter renunciado a toda a pressa. Contudo, essa lentidão engana. À escala de uma vida humana, desloca mares inteiros.
A água fria possui uma gravidade singular. É mais densa. Sem ruído, procura as profundezas como um pensamento procura naturalmente aquilo que ainda ignora de si mesmo. A água mais leve, aquecida algures por um sol que nunca alcança estes abismos, empreende, por sua vez, outra viagem. Assim nascem imensas circulações que não obedecem a nenhuma vontade, mas apenas a uma diferença quase impercetível de temperatura ou de salinidade. Bastam, por vezes, alguns décimos de grau para pôr em movimento massas de água cujo peso ultrapassa toda a imaginação. Estes deslocamentos nada têm do tumulto das ondas. Assemelham-se antes à lenta deriva dos continentes. São geologias líquidas.
Acontece, contudo, que duas massas de água se encontrem sem verdadeiramente se misturarem. Roçam-se durante centenas de quilómetros. Entre elas subsiste uma fronteira quase invisível, onde a densidade muda mais depressa do que as cores alguma vez poderiam mostrar. Quem pudesse permanecer ali sentiria talvez a estranha sensação de atravessar várias estações sem ter dado um único passo. Mais abaixo ainda, o frio deixa de ser uma circunstância; torna-se um modo de ser da própria água. A temperatura varia tão pouco que um décimo de grau adquire a importância que uma montanha teria sobre uma planície. Nada parece mudar. E, no entanto, tudo se reorganiza em torno dessa diferença infinitesimal.
As correntes nem sempre seguem uma linha reta. Curvam-se e dividem-se. Enrolam-se sobre si mesmas como os volutas de um imenso fumo que ninguém poderia ver. Algumas massas de água descrevem espirais de dezenas de quilómetros antes de retomarem o seu percurso. Outras giram tão lentamente que a sua rotação parece pertencer mais ao tempo do que ao espaço. Julgamo-las silenciosas porque o ouvido não as consegue escutar. No entanto, possuem uma textura. Certas águas parecem espessas sem verdadeiramente o serem. Outras dão a impressão de se deixarem atravessar com maior facilidade. Essa sensação não provém da sua matéria, sempre idêntica, mas das ínfimas diferenças de velocidade que separam duas camadas vizinhas. A água desliza sobre a água como duas placas de vidro separadas por uma película invisível.


(167) L’abracadabrante histoire de l’Enfant Lune


« La profondeur de la mer est bien plus inconnue que son étendue. À peine les premiers sondages, peu nombreux et peu certains, ont-ils été faits encore. Les petites libertés hardies que nous prenons à la surface de l'élément indomptable, notre audace à courir sur ce profond inconnu, sont peu, et ne peuvent rien faire au juste orgueil que garde la mer. Elle reste, en réalité, fermée, impénétrable.» 

Jules Michelet, La Mer, 1861, Livre I « La mer vue du rivage »



Où, dans le calme relatif et probablement illusoire des profondeurs, depuis longtemps la baleine est partie. Ballotté par les courants et parcourant d’infinis chemins invisibles, l’Enfant Lune, traversé  par ces courants, semble attendre. Peut-être attend-il que les remous s’estompent comme la brume se dissipe laissant à nouveau, très lentement, voir à nouveau les obscures profondeurs où ce qu’il croit être un poisson monstrueux apparaît et disparaît dans un temps qui se dilate au rythme lent de ses respirations.

Il est une erreur presque inévitable lorsque l'on pense à l'océan: nous l'imaginons immobile dès lors que l'on cesse d'en voir la surface. Pourtant, plus l'on descend, plus le mouvement devient difficile à apercevoir, et plus il gouverne tout.
Dans les profondeurs, l'eau ne cesse jamais de voyager. Elle ne tombe pas. Elle ne monte pas davantage. Elle glisse. Elle échange sa place avec une autre eau qui, depuis parfois des siècles, accomplit le même trajet sans jamais connaître son origine ni son terme. Les courants y avancent avec une lenteur telle qu'ils semblent avoir renoncé à toute hâte. Pourtant, cette lenteur trompe. À l'échelle d'une vie humaine, elle déplace des mers entières.
L'eau froide possède une gravité particulière. Elle est plus dense. Sans bruit, elle cherche les profondeurs comme une pensée cherche naturellement ce qu'elle ignore encore d'elle-même. L'eau plus légère, réchauffée ailleurs par un soleil qui n'atteint jamais ces abîmes, entreprend en retour un autre voyage. Ainsi naissent d'immenses circulations qui n'obéissent pas à une volonté mais à une différence presque imperceptible de température ou de salinité. Quelques dixièmes de degré suffisent parfois à mettre en marche des masses d'eau dont le poids dépasse toute imagination. Ces déplacements n'ont rien du tumulte des vagues. Ils ressemblent davantage à la dérive lente des continents. Ils sont des géologies liquides.
Il arrive cependant que deux eaux se rencontrent sans véritablement se mélanger. Elles se frôlent durant des centaines de kilomètres. Entre elles subsiste une frontière presque invisible, où la densité change plus vite que les couleurs ne sauraient le montrer. Celui qui pourrait s'y tenir éprouverait peut-être la sensation étrange de traverser plusieurs saisons sans avoir avancé d'un seul pas. Plus bas encore, le froid cesse d'être une circonstance; il devient une manière d'être de l'eau. La température varie si peu qu'un dixième de degré y possède l'importance qu'une montagne aurait sur une plaine. Rien ne paraît changer. Pourtant, tout se réorganise autour de cette infime différence.
 
 
Les courants ne suivent pas toujours une ligne. Ils se courbent et se divisent. Ils s'enroulent sur eux-mêmes comme les volutes d'une fumée immense que personne ne pourrait voir. Certaines eaux décrivent des spirales de plusieurs dizaines de kilomètres avant de reprendre leur route. D'autres tournent si lentement que leur rotation semble appartenir davantage au temps qu'à l'espace. On les croit silencieux parce que l'oreille ne peut les entendre. Pourtant ils possèdent une texture. Certaines eaux paraissent épaisses sans l'être réellement. D'autres donnent l'impression de se laisser traverser plus facilement. Cette sensation ne vient pas de leur matière, toujours identique, mais des minuscules différences de vitesse qui séparent deux couches voisines. L'eau glisse sur l'eau comme deux plaques de verre séparées par une pellicule invisible.




mardi 4 août 2026

(166) The abracadabrante story of Child Moon

 
Where one hears Igniatius's voice, lost among the islands and one of his drawings, growing steadier as the islands themselves become ever less so...


Igniatius's Notebook

I could not say at what moment the fire had left the island to enter into me. I am not speaking of its heat, which could never have crossed such an expanse of sea, but of another way of burning, slower, perhaps older, which seemed to have been waiting for a very long time for something, in that smoke rising tirelessly toward a sky whose very breathing it was beginning to alter, finally to consent to give it a face—as though the flames had never aspired to consume the trees, but only to teach the eye to recognize what it had more or less ceased to see.
The words I had encountered a few days earlier in some misplaced notebook then returned to me with the peculiar persistence of certain travelers who, after disappearing from our memory, nevertheless find without difficulty the way back to their own voice... or to ours.
Convective column... pyroconvection...
I scarcely knew these words and simply let them pass. I made no effort to retain what they had meant when I first read their definitions. Those definitions, like what lay before my eyes, were already fading. The words, however, continued on their way. They rose as the smoke itself was rising, and it suddenly occurred to me that perhaps there exist words—or even languages—that were never invented to explain the world, but to accompany certain of its movements until they find within us a chamber spacious enough to continue their ascent.
It was then that the drawings, with no presence other than my memory, began to breathe.
For a long time I had believed them filed away among those finished things whose very place in a cupboard one eventually forgets, though they continue, in our absence, a life of which we know nothing, like closed books that go on reading themselves without the aid of any reader, waiting only for an event to grant them, if not permission, then at least the opportunity to open their pages once more.
 
 

In one of those drawings in particular, I no longer saw the characters first. I saw the book.
Almost at the center of the image—which I had, or perhaps I myself had, drawn—that book lay open. I do not know why this obvious fact, this open book, which I had drawn so many times without ever pausing over it, moved me more deeply than anything else.
 
 

 An open book, whether true or not, promises more than a reading.
It already accepts—perhaps against its will—that a part of itself escapes it... or has already escaped. It renounces—or must renounce—the attempt to hold on to its own pages.
It offers itself to the wind with the unreasonable trust of things that know their loss still belongs to their faithfulness.
Only then did I notice that it—or rather its pages—sheltered a hearth whose growing flame was exploring the entire image.
How could I have overlooked it for so long?
The flames were not falling upon the book.
They were being born from it.
Just as, upon the ocean at that same moment, the waves and the flames rose toward one another in a dance so ancient and so gentle that it became impossible to tell whether the fire was imitating the sea or whether the sea was silently continuing a conflagration that had begun long before water itself was born.
I wanted to choose between the two elements.
Unable to distinguish the dancers, my gaze refused.
The intertwined waves continued their slow turning.
The flames answered them without ever seeking to overcome them.
They seemed to belong to that same breath from which the Archipelago had perhaps received—or laid down, on some very ancient day—its first stone.
Entwined myself with my own dancing memory, I remained for a long while before that hesitation.
Or perhaps it was the hesitation that remained before me.
I was no longer looking only at the island.
My gaze had already moved away from myself.
Something was passing from the smoke into the drawings with a naturalness that troubled me more deeply than all their resemblances.
I had never drawn that fire.
Of that I was certain.
And yet it became increasingly difficult to believe that the flames rising today above the sea were foreign to those which, for so many years, had continued to rise between the pages of that book I had stubbornly believed belonged to me.
Upon the book—as here—the characters in turn finally appeared, not as memories appear when they return from the past, but like those islands which, on certain mornings, seem to emerge from the mist although they have never ceased to be there.
I saw the child advancing.
I scarcely looked at the two beings waiting for him.
My attention remained held by that simple movement carrying his whole body toward the little world suspended before him, with the silent confidence of those who do not yet know that one may lose one's direction without ever leaving the path one follows.
I thought the other two were about to stop him...
But they did nothing except dance.
They had no need to do otherwise.
As I continued to watch them, unable to tear my eyes away from their smiles, radiant with I knew not what enchantment—still unable to tell whether they announced a joy to be shared or merely preserved the memory of some ancient wound—it seemed to me that certain detours never truly divert the one who walks...
They merely shift, almost imperceptibly, the world toward which he believed he was walking.
The thought passed through me as a breath passes between two flames.
Then it vanished.
Meanwhile the fire—the real fire—continued to rise.
The waves continued to rise as well.
And I remained there for a long time, suspended between water and fire, unable to decide whether I was watching an island burn, or whether the drawings, to which I had once believed I had given birth, had at last discovered the landscape they had always been waiting for in order to begin recognizing me.

(166) A abracadabrante história da Criança Lua


Onde se ouve a voz de Igniatius, perdida entre as ilhas e um dos seus desenhos, tornar-se mais firme à medida que as próprias ilhas o são cada vez menos...


Caderno de Igniatius

Não saberia dizer em que momento o fogo deixou a ilha para entrar em mim. Não falo do seu calor, que jamais poderia atravessar uma tal extensão de mar, mas de uma outra maneira de arder, mais lenta, talvez mais antiga, que parecia esperar havia muito tempo que alguma coisa, naquele fumo que subia sem cessar para um céu cuja própria respiração acabava por transformar, consentisse enfim em devolver-lhe um rosto, como se as chamas nunca tivessem ambicionado consumir as árvores, mas apenas ensinar os olhares a reconhecer aquilo que tinham, mais ou menos, deixado de ver.
As palavras que encontrara alguns dias antes num qualquer caderno perdido regressaram-me então com a singular obstinação daqueles viajantes que, depois de terem desaparecido da nossa memória, reencontram, contudo, sem dificuldade, o caminho da sua voz... ou da nossa.
Coluna convectiva... piroconvecção...
Mal conhecia estas palavras e deixei-as passar. Não procurei reter aquilo que tinham querido dizer quando lera as suas definições. Estas, tal como aquilo que eu tinha diante dos olhos, já se perdiam. As palavras, porém, continuavam a avançar. Subiam como subia o fumo, e ocorreu-me de repente que talvez existam palavras... ou línguas... que nunca foram inventadas para explicar o mundo, mas para acompanhar alguns dos seus movimentos até encontrarem, dentro de nós, uma câmara suficientemente vasta para prosseguirem a sua ascensão.
Foi então que os desenhos, sem outra presença além da minha memória, começaram a respirar.
Durante muito tempo julgara-os arrumados entre essas coisas acabadas cuja própria posição num armário acabamos por esquecer, embora continuem, durante a nossa ausência, uma vida de que nada sabemos, semelhantes àqueles livros fechados que prosseguem a sua leitura sem o auxílio de qualquer leitor, esperando apenas que um acontecimento lhes conceda, se não a permissão, pelo menos a oportunidade de voltar a abrir as suas páginas.
 

Num desses desenhos, em particular, já não revi primeiro as personagens. Vi primeiro o livro. Quase ao centro da imagem que eu tinha — ou talvez eu próprio tivesse — desenhado, esse livro estava aberto. Não sei por que razão essa evidência, esse livro aberto, que eu desenhara tantas vezes sem jamais me deter nele, me comoveu mais profundamente do que todo o resto. 
 
 


Um livro aberto, seja verdadeiro ou não, não promete apenas uma leitura.
Já aceita... talvez à força... que uma parte de si mesmo lhe escape... ou já lhe tenha escapado.
Renuncia... ou tem de renunciar... a reter as suas próprias páginas.
Oferece-se ao vento com essa confiança desmedida das coisas que sabem que a sua perda continua a fazer parte da sua fidelidade.
Só então reparei que ele — ou melhor, as suas páginas — abrigava um foco cuja chama crescente explorava a imagem inteira.
Como pude ignorá-lo durante tanto tempo?
As chamas não caíam sobre o livro.
Nasciam dele.
Tal como, sobre o oceano, naquele mesmo instante, dançavam as ondas e as chamas, erguendo-se uma ao encontro da outra com uma doçura tão antiga que se tornava impossível dizer se o fogo imitava o mar ou se o mar prosseguia silenciosamente um incêndio iniciado muito antes do nascimento da água.
Quis escolher entre os dois elementos.
Incapaz de distinguir os dançarinos, o meu olhar recusava-se.
As ondas entrelaçadas continuavam a sua lenta rotação.
As chamas respondiam-lhes sem jamais procurar vencê-las.
Pareciam pertencer à mesma respiração da qual o Arquipélago talvez tivesse recebido... ou colocado, num dia muito antigo, a sua primeira pedra.
Também eu entrelaçado com a minha memória dançante, permaneci longamente diante dessa hesitação.
Ou talvez fosse ela que permanecesse diante de mim.
Já não contemplava apenas a ilha.
O meu olhar... afastara-se de mim.
Alguma coisa passava do fumo para os desenhos com uma facilidade que me perturbava mais profundamente do que todas as semelhanças.
Nunca desenhara aquele fogo.
Disso tinha a certeza.
E, no entanto, tornava-se cada vez mais difícil acreditar que as chamas que hoje se elevavam acima do mar fossem estranhas àquelas que, havia tantos anos, continuavam a erguer-se entre as páginas daquele livro que eu me obstinara em acreditar que me pertencia.
Sobre o livro... tal como aqui... as personagens acabaram por aparecer também, não como aparecem as lembranças quando regressam do passado, mas como aquelas ilhas que, em certas manhãs, parecem emergir da névoa, embora nunca tenham deixado de estar ali.
Vi a criança avançar.
Quase não olhei para os dois seres que a esperavam.
A minha atenção permanecia presa àquele movimento tão simples que conduzia todo o seu corpo em direção ao pequeno mundo suspenso diante dele, com essa confiança silenciosa dos seres que ainda ignoram que é possível perder uma direção sem abandonar o caminho que seguem.
Pensei então que os outros dois o iriam deter...
Mas nada fizeram além de dançar.
Não precisavam de fazer outra coisa.
Enquanto continuava a observá-los, incapaz de desviar os olhos dos seus sorrisos irradiando um encantamento que eu não sabia se anunciava uma alegria a partilhar ou se apenas conservava a memória de uma antiga ferida, pareceu-me que certos desvios nunca afastam verdadeiramente aquele que caminha...
Limitam-se a deslocar, quase impercetivelmente, o mundo para o qual ele julgava caminhar.
Esse pensamento atravessou-me como um sopro que passa entre duas chamas.
Depois desapareceu.
Entretanto, o fogo — esse bem real — continuava a subir.
As ondas continuavam também a erguer-se.
E eu permaneci ali, durante muito tempo ainda, suspenso entre a água e o fogo, incapaz de decidir se contemplava uma ilha a arder ou se os desenhos, aos quais julgara ter dado origem outrora, acabavam enfim de descobrir a paisagem que desde sempre esperavam para começar a reconhecer-me.