« … si l'on était convaincu de la réalité du changement et si l'on faisait effort pour le ressaisir, tout se simplifierait. Des difficultés philosophiques, qu'on juge insurmontables, tomberaient. Non seulement la philosophie y gagnerait, mais notre vie de tous les jours, je veux dire l'impression que les choses font sur nous et la réaction de notre intelligence, de notre sensibilité et de notre volonté sur les choses en seraient peut-être transformées et comme transfigurées. C'est que, d'ordinaire, nous regardons bien le changement, mais nous ne l'apercevons pas. Nous parlons du changement, mais nous n'y pensons pas.
Nous disons que le changement existe, que tout change, que le changement est la loi même des choses : oui, nous le disons et le répétons; mais ce ne sont là que des mots, et nous raisonnons et philosophons comme si le changement n'existait pas.»
Henri Bergson, La perception du changement, Conférences faites à l’Université d’Oxford les 26 et 27 mai 1911
Pendant que la caravane du cirque était retardée, inlassablement tout le monde répétait.
Les perroquets aussi.
– Est-ce que c'est nous sur l'image?
– En douteriez-vous?
– C'est qu'ils me paraissent bien jeunes...
– Vous n’avez pas vraiment changé… vous rougissez légèrement!
– C'était il y a bien longtemps...
– Que répétait Auguste?
– Il répétait un nouveau numéro.
– Cela ne lui ressemble pas vraiment.
– C'était avant...
– Quand cela s'est-il produit?
– Il était, lui aussi, encore bien jeune...
– Quelques jours avant qu'il disparaisse.
– C'est normal. Auguste est beaucoup plus secret qu'il n'y parait.
– Croyez-vous qu'il y ait un lien avec sa disparition et avec toutes celles qui se produisirent?
– C'est une possibilité que je n'exclurais pas.
– C'est aussi ce que demande l'homme qui rôde. Je l'ai entendu... Il pose tout un tas de questions.
– À qui?
– À tout le monde.
– Qui est-il?
– Un amateur d’énigmes… sûrement…