lundi 9 mars 2026

 

– Dites-moi… que savez-vous à propos du mot demeure?
– Selon notre maître le mot “demeure” paraît simple, presque domestique. Pourtant, il abrite une profondeur historique et ontologique étonnante.
– D’où vient-il?
– Étymologiquement, demeurer est issu du latin demorari. On y trouve la racine morari, «retarder ou rester», elle-même liée à mora, le délai, la durée qui suspend le cours ordinaire des choses.
– Et qu’ajoute… ou sépare le préfixe “de”? 
– Il ne marque pas ici une séparation mais une intensification ou un accomplissement: demorari signifie aussi s’arrêter complètement ou prolonger son séjour.
– Donc, demeurer, à l’origine, c’est prendre le temps de rester.
– C’est cela… ce premier sens est décisif. Avant de désigner une habitation, la demeure est d’abord un arrêt dans le flux, une épaisseur de temps avant d’être un espace. Elle n’est pas seulement un lieu où l’on vit, mais un lieu où l’on consent à rester.
– Il y a donc un passage…
– Le passage du temps à l’espace… Comment cela se fait-il?
–Cela se fait tout naturellement. Rester quelque part finit par produire un lieu stable. La demeure devient alors la maison. Ce lieu habité est l’espace qui reçoit et protège. Pourtant, même dans ce sens concret, la temporalité n’a pas disparu.
– Développez, je vous prie .
– Une demeure n’est pas simplement un bâtiment: c’est un lieu investi par la durée. Une ruine peut être un bâtiment, elle cesse d’être une demeure lorsque une présence… humaine… ou autre…s’en est retirée.
– Si je vous comprends bien… ce qui fait la demeure, ce n’est pas la pierre, ou la construction, c’est la persistance d’une vie.
– Demeurer, c’est habiter. «Nous demeurons dans ce blog» signifie que nous y avons fixé notre existence.
– Mais demeurer signifie aussi subsister, survivre: «Il ne demeurera de nous que quelques traces», «cela demeure malgré tout». Ici, le lieu disparaît au profit du temps. Ce qui demeure, c’est ce qui traverse l’usure, ce qui reste après l’érosion.