lundi 30 novembre 2009

«Un arrosoir, une herse à l'abandon dans un champ, un chien au soleil, un cimetière misérable, un infirme, une petite maison de paysans, tout cela peut devenir le réceptacle de mes révélations. Chacun de ces objets, et mille autres semblables dont un œil d'ordinaire se détourne avec une indifférence évidente, peut prendre pour moi soudain, en un moment qu'il n'est pas du tout en mon pouvoir de provoquer, un caractère sublime et si émouvant, que tous les mots, pour le traduire, me paraissent trop pauvres. Ces créatures muettes et parfois inanimées s'élancent vers moi avec un amour si entier, si présent, que mon regard comblé ne peut tomber alentour sur aucune surface morte. J'ai alors l'impression que mon corps est constitué uniquement de caractères chiffrés avec quoi je peux tout ouvrir. Ou encore que nous pourrions entrer dans un rapport nouveau, mystérieux, avec toute l'existence, si nous nous mettions à penser avec le cœur.»

Hugo von Hofmannsthal: La lettre à Lord Chandos, Paris, NRF, p. 81.




«Tous occupés dans l'examen de la grande horreur, ils avaient sous les yeux l'origine intacte des monstrueuses estampes sur lesquelles "l'évêque des bovins" était montré mutilé. L'étrange noisome épave de la ferme et les ecchymoses mates de la végétation des champs et des routes s'étalaient sans aucune vergogne.»

dimanche 29 novembre 2009

On demande: Où sont-ils ? Sont-ils roi dans quelque île ?
Nous ont-ils délaissés pour un bord plus fertile?
Puis votre souvenir même est enseveli.
Le corps se perd dans l'eau, le nom dans la mémoire.
Le temps, qui sur toute ombre en verse une plus noire,
Sur le sombre océan jette le sombre oubli.

Oceano nox, Victor Hugo

«Par ce midi, les trois quarts des hommes et des garçons du village et alentours étaient sur la route et les prairies entre les ruines et le bord de la falaise.»

mardi 22 septembre 2009


Comme un faucon aux longues ailes qu'on porte sur le poing, lorsqu'il est tout d'abord lancé et que, pour son plaisir, il décrit de nombreux circuits dans l'air, et continue à s'élever toujours plus haut jusqu'à ce qu'il ait atteint toute son altitude , et que pour finir lorsque la proie est levée, il descend comme l'éclair et fond brutalement sur elle : de même ferai-je, étant à présent enfin parvenu à ces vastes champs de l'air dans lesquels je vais pouvoir aller à mon gré et en toute liberté, errer quelque temps pour ma récréation, me promener dans le monde entier, me hausser jusqu'à ces orbes éthérés et ces sphères célestes, avant de redescendre enfin et retrouver les éléments que j'avais laissés.

Digression sur l'air, Robert burton

lundi 21 septembre 2009

« On a fait dire plusieurs fois à Homère ce qu'il n'a pas voulu, à Platon ce qu'il n'a pas su, et à Aristote ce qu'il n'a pas entendu. Car, entre ce qui est attaché à la suite de chaque sens, nous tirons une infinité d'arguments, de conséquences et de de conclusions, à une explication fausse, par la comparaison d'un point à l'autre, pour nous éloigner de l'intention d'un Auteur : et bien que notre jugement nous trompe, nous soutenons plutôt ces fantastiques interprétations que d'avouer notre ignorance. »

Avertissement au lecteur de
Histoire Maccaronique de Merlin Coccaie

Prototype de Rabelais
Théophile Folengo

LIVRE PREMIER.
Une fantaisie plus que fantastique m'a prins d'escrire en mots moins polis qu'un autre subjet requeroit,l'histoire de Balde; la haute renommée et le nom vertueux duquel font trembler toute la Terre, et contraignent l'Enfer à conchier de peur. Mais avant que de commencer, il est premièrement besoin d'invoquer vostre aide ( ô Muses ) qui estes authrices de l'art Maccaronesque, sans lequel il ne seroit possible à ma gondole de passer les écueils de la mer.
...


dimanche 20 septembre 2009


Mais c'est assez pour ceste heure, resserez votre cornemuse,
estuyez la sourdine, ô Muses, remplissez le flacon:
si la tete est seche, donnez à boire à la teste seche.

Theophile Folengo, Histoire Maccaronique





« Qui eust décidé le cas au sort des déz, il n'eust erré, advint ce que pourroit... »

Rabelais, Le tiers Livre, chapitre XLIV

samedi 19 septembre 2009

« Ne vous étonnez point de voir les personnes simples croire sans raisonnement. »

[ Pascal ]




Au point

vendredi 18 septembre 2009

« Qui enseigne sans émanciper abrutit. »

Le Maître ignorant
Jacques Rancière, 10/18


« Les jeux de magie – ou la tricherie aux cartes – sont une métaphore de la réalité quotidienne. Il y a quelqu'un qui dit quelques choses et qui, en même temps, agit. Ce qui arrive réellement est caché dans les méandres de se paroles et surtout de ses gestes.
Et c'est différent de ce qui apparaît. »


Le passé est une terre étrangère, Gianrico Carofiglio [ Rivages ]


lundi 14 septembre 2009

TYCHIADE

- Pourquoi, cher Philoclès, les hommes sont-ils attirés par le mensonge ?
J'ai constaté combien ils s'y complaisent, se laissant aller à dire aussi
les pires inepties et à gober la moindre sottise.


Lucien de Samosate, Les amis du mensonge ou l'Incrédule

dimanche 13 septembre 2009


- Je les ai vu tout-à-l'heure à l'endroit même où nous nous trouvons maintenant mais je ne crois pas que vous puissiez les voir ni les entendre...
- Pouvez-vous imaginer que le pas des fourmis ne m'est pas inconnu ?
- Sans vouloir vous manquer de respect, la vie de ces gens est plus secrète encore. Aussi grande que puisse être votre sensibilité il ne vous est possible de reconnaitre que ce que vous pouvez concevoir.
- Il faudra que nous nous attardions quelque peu sur ce sujet, mais d'abord vous m'avez dit que nous étions arrivé...

samedi 12 septembre 2009


- Monsieur, il faudrait que vous rendiez du côté désastreux de l'existence. Vos sujets, ou en tous cas une grande partie, vit dans une situation dramatique. Ils sont obligés de vivre dans l'ombre et l'insécurité permanente sans autres moyens pour se nourrir que de voler. Leur situation accentuent le caractère parodique de votre cour. Il vivent dans une sorte de demi sommeil où le cauchemar est permanent. Ils déclament à voix basses pendant que vous rêvez tout éveillé. Le fait est que vous devez vous sentir bien seul au milieu de vos rêves, mais si vous acceptiez d'ouvrir les yeux vous verriez que ce qui vous ravit est ce que leur a été ravi.
- Pourquoi se cachent-ils puisque de toutes manières je ne puis les voir.
- Ils ne le savent pas.
- Comment cela ?
- C'est un secret d'État.
- Qui sait cela ?
- Bien peu en vérité, mais pardonnez-moi Monsieur, il me semble que ce serait le moment serait opportun pour vous d'ouvrir les yeux.
- Vous savez bien que cela m'est impossible, mais pourquoi serait opportun en ce moment-ci ?
-Parce que nous sommes arrivés.
- Et où sommes nous arrivés ?
- Là où je voulais vous emmener.
- Le voyage est-il terminé ?
- Non, il ne fait que commencer.

- Je dois vous vous dire que malgré ma fatigue, je me sens bien, l'air est si pur sur ces hauteurs.
- Monsieur, si je puis me permettre de vous vous le dire, nous ne sommes pas sur des hauteurs, mais dans les profondeurs car votre monde est "comme renversé"...
- Comment se fait-il que vous connaissiez si bien ce que j'eus dû connaître ?
- Il y a déjà si longtemps que notre famille est à votre service que nous ne savons plus rien de ce qui était avant.
- Ah ! Vous aussi vous connaissez ce qu'est le malheur de perdre la mémoire ?
- Pas du tout, Monsieur, c'est un plaisir...
- Que voulez-vous dire par "comme renversé" ?

vendredi 11 septembre 2009

« On perd son temps à vouloir critiquer ce qui ne peut se changer. »

Walid L. Neil



Monsieur, vous rendez-vous compte que vous êtes en train de marcher sur l'architecture engloutie de votre royaume. L'endroit que je vous propose de rejoindre est profondément original. Il est le fidèle reflet des aspirations des habitants de ce pays où les spectacles de la vie sont aussi divers et simples que ceux de la nature qui les entoure. Ce que vous verrez vous surprendra peut-être, mais souvenez-vous bien de ce que je vais vous dire: c'est de là que vous venez. Il me faut vous dire que votre palais s'est considérablement éloigné des assises qui furent les siennes et la difficulté que vous éprouvez à gravir ce qui fut le socle de sa splendeur ne reflète que de très loin ce que ressentent ceux qui y vivent encore.
- Où sont-ils ?
- Ils se cachent.
- Pourquoi cela ?
- À cause de votre autorité.
- M'auraient-ils reconnu ?
- Certes non, mais le moindre étranger est aussi suspect pour eux qu'il peut l'être pour vous.


mercredi 9 septembre 2009

« L'application de méthodes strictement régies par la raison pure
donne naissance à une dialectique aride et stérile
où le cœur ne trouve aucun goût ni saveur. »

Walid L. Neil



Il ne fallut guère de temps à notre Roi pour s'habituer à marcher dans l'inconnu. Il fit preuve d'une capacité d'adaptation qui eut surpris la majorité de ses proches si ceux-ci eussent été au courant de ces événements.
« Fermez les yeux et alors seulement vous verrez,
quand disparaissent les attraits
et quand émergent,
venus des profondeurs,

la forme parfaite d'une idée. »


Walid L. Neil





- Vous pourriez penser que la vue d'un aveugle est d'une monotonie infinie. Vous imaginez ce qui n'est pas imaginable. Un ciel gris et nu obscurcit notre regard, certes, mais l'image est trompeuse, vous devriez le savoir. Sous votre ciel si bleu est un spectacle qui vous apparait durant des heures, des jours entiers, des mois jusqu'à votre dernier souffle sans que jamais le moindre doute vous effleure à propos de sa vraie nature. Vos yeux de voyageur parcourent les immensités de notre planète en croyant voir ce qu'en réalité ils produisent d'eux-mêmes. La matière avec laquelle ces images sont faites est la même pour tout le monde. Elle l'est aussi pour moi. Simplement, nous la recomposons de manières différentes. Devant vous, derrière vous, autour de vous, aussi loin que porte votre regard, dans ce monde merveilleux ou nous sommes enfermés, pour moi, rien ne limite l'horizon. Mais tout près de moi, en travers de mes pieds se dressent ce qui me fera tomber et que je ne saurais voir.



- Donnez-moi votre main, Monsieur. Il faut que désormais je vous appelle ainsi, pour ne point éveiller de soupçons. D'une main légère, attentive et réactive, mettez votre bâton par devant vous, balayez à gauche et à droite en veillant à ne point me frapper ou m'écraser. Écoutez ce qu'il vous transmet et en peu de temps vous saurez de vous-même imaginer ce qu'il rencontre.
Méphistophélès:

- Bon, c'est un moyen qui ne demande ni argent, ni médecine, ni sortilège : rends-toi tout de suite dans un champ, mets-toi à bêcher et à creuser, resserre ta pensée dans un cercle étroit, contente-toi d'une nourriture simple :
vis
comme une bête avec les bêtes, et ne dédaigne pas de fumer toi-même ton patrimoine ;
c'est crois-moi, le meilleur moyen
de te rajeunir de quatre-vingts ans.

Faust:

- Je n'en ai pas l'habitude, et je ne saurais m'accoutumer à prendre en main la bêche.
Une vie étroite n'est pas ce qui
me convient.

Méphistophélès:

- Il faut donc que la sorcière s'en mêle.



- Habillez-vous, mon Maître, il est que vous quittiez votre palais et découvriez ce qui ne peut s'accepter.

- Pourquoi me parler si rudement après m'avoir tant fait saigné ?

- Il n'est point temps de parler de cela. Le moment est propice, profitons-en.
Afin de ne pas être trop voyant, emportez les habits de votre valet. Prenez cette béquille pour qu'en tout temps vous ayez un appui qui vous aidera à ne point trop boiter. Veillez à ce qu'elle ne prenne racines... Vous pourriez aussi, d'un léger coup de crayon, gommer cet air de bébé que vous avez conservé. Renoncez à votre couronne et couvrez-vous le chef afin de ne point être vu de ceux que vous ignoriez.

mardi 8 septembre 2009

LAMPITO.
- Quels sont ces cris ?

LYSISTRATA
- Ce que je vous disais tout à l'heure, ce sont les femmes qui s'emparent de la citadelle.
Toi, Lampito, va-t'en chez vous mettre ordre à ce qui vous regarde
et laisse-nous celle-ci en otage. Nous allons nous y barricader
avec les autres femmes qui l'occupent.




- Sire, écoutez mon conseil, ne vous mêlez pas de cela. Ce qui se passe derrière ce rideau ne vous concerne pas plus que tout ce que vous y faisiez tantôt ne concernait que vous.

- Cependant je ne puis les laissez dans une telle détresse ! Écoutez ces gémissements qui me fendent le cœur!

- Croyez-moi, Sire, il y a peu de la détresse à la joie, un tout petit pas...

- Laissez-moi, je veux savoir...

Le petit chien sans nom s'est jeté sur le roi alors que celui-ci se jetait sur le rideau. Il s'écroule en hurlant.

- Regardez, vous me faites trébucher et vous faites couler mon sang... vous serez blâmé de la plus sévère des façons, vous le savez...

- Monseigneur, il y a plus grave, je vous en conjure, suivez-moi, je vous en prie et laissez là ce que vous ne pouvez voir.

lundi 7 septembre 2009

7 septembre (...) N'y touchez pas


– Mon Bon Maître, les nouvelles que je vous apporte sont pour le moins surprenantes... mais d'abord, promettez-moi une chose : ne touchez pas à ce que l'on vous proposait tout-à-l'heure. Ces petits globes, aussi puissants et plaisant qu'ils puissent être, seraient la cause irrémédiable de votre chute. Ils se passent des choses bien bien étranges dans les bas-fonds de votre royaume et ce n'est pas sans liaison avec le but de notre mission.

dimanche 6 septembre 2009


"Vous n'en mourrez pas, mais Elohim sait que,
le jour où vous en mangerez, vos yeux se déssilleront
et vous serez comme des dieux, sachant le bien et le mal."

Genèse II, 25; III, 1-6, La Pléiade



Puant et poussiéreux, venu du bout du monde, Sans-Nom venait d'avoir la peur de sa vie. Il avait, presque malgré lui, reniflé les offrandes qui allait être offerte à son maître bien aimé. Il avait instantanément senti le danger qui les guettait, mais il ne pouvait rien dire sans être immédiatement démasqué. Il ne lui était resté qu'une seule possibilité : créer des conditions suffisamment désagréables et scandaleuses pour qu'elles infléchissent l'histoire.
Je désirerai ne pas vous induire en erreur, quant à ce qui concerne cette science ;
il est si difficile d'éviter la fausse route ; elle renferme un poison si bien caché,
que l'on a tant de peine à distinguer du remède ! Le mieux est dans ces leçons là,
si toutefois vous en suivez, de jurer toujours sur la parole du Maître.
Au total... arrêtez-vous aux mots ! et vous arriverez alors
par la route la plus sûre au temple de la certitude
." *




- Mon Bon Roi, ce chien tremble et n'est guère rassuré... il est manifeste qu'il a peur. Regardez ce regard halluciné qu'il cherche vainement à cacher. Il m'a dit tout-à-l'heure qu'il entendait des voix et que ces voix s'adressaient à vous-même. Or, vous voyez, si j'ose dire, que nous ne voyons rien, et surtout nous n'entendons rien d'autre que le chant de vos sirènes...

- Je le comprend. Mais dites-moi, quelle est cette odeur putride ? Ces mystérieuses effluves sont-elles les émanations de votre cuisine ou le signe concret de réalités qui nous sont insaisissable?

- Mon Bon Roi, l'idée selon laquelle il existerait certaines sortes de monde parallèle est chose dangereuse, notre cité, à votre convenance, est bâtie sur les fondements de la raison et je crains que ce vous concevez ne soit que le résultat d'un phénomène le plus vulgaire : ce chien errant est sous l'emprise de la peur et il dégage, de par ce fait, ce fumet si peu alléchant.

- Eh bien soit, votre beau discours m'a convaincu. Vous êtes manifestement l'homme de la situation. Il me semble évident que ce sera vous qui allez faire office de goûteur. Démontrez-nous, cher et brillant Orateur, l'inoffensive activité de votre chef d'œuvre.

- Je n'en demandais pas tant... je le ferai sans coup férir et avec grand plaisir ; mais, dans ce même ordre d'idée qui vise à la protection de votre Altesse, il me semble que je devrai dès lors aussi me sacrifier et profiter des leçons particulières à propos des zones perceptives émoussées de votre Seigneurie pour juger du bon fondement et des conséquences pour l'instant inoffensives de leurs actes mais qui ne sont pas sans un certain danger. Vous seriez alors tout-à-fait réconforté et pourriez alors, en confiance, profiter pleinement et sans arrières pensée de leur enseignement.

- Je n'ai pas entièrement compris le sens de votre discours mais il n'est certainement pas dépourvu de bon sens. Si j'obtiens l'accord de mes enseignantes il en sera fait selon votre proposition. Permettez que je leur en touche un mot et nous prenions le temps de la réflexion.




"Cesse donc de te jouer de cette tristesse qui,comme le vautour, dévore ta vie.
En si mauvaise compagnie que tu sois,
tu pourras sentir que tu es homme avec les hommes :
cependant on ne songe pas pour cela à t'encanailler.
Je ne suis pas moi-même un des premiers ;
mais, si tu veux, uni à moi, diriger tes pas dans la vie,
je m'accommoderai volontiers de t'appartenir sur le champ.
Je me fais ton compagnon, ou, si cela t'arrange mieux,
ton serviteur ou ton esclave." *

* Faust, Goethe, livre de poche


Nous allons voir que notre serviteur, ayant œuvré avec succès dans sa quête, il est
bien prêt d'accéder à ses propres désirs.

vendredi 4 septembre 2009


- Cher et excellent Maître que j'adore et que je vénère, je vous propose ces quelques globes qu'il vous faudra ingérer à votre bon plaisir pour acquérir pleine connaissances à peu de frais et avec grande économie de temps. Si vous n'êtes pas satisfait, je m'engage à changer leur composition en profitant des observations qu'il vous paraîtra juste de me communiquer. Vous ferez ainsi une suite d'expériences inoubliables dont le mérite sera prouvé par les résultats. Quant à moi je vous garantis que la recette dont je vais donner l'idée et l'usage vous transportera au-delà de ce que vous pourriez concevoir de plus beau et satisfera tout autant votre compagnie, si ce n'est plus que vous-même... Il me semble, si je puis me permettre... enfin quelque chose me dit que vous seriez légèrement... comment dire... moins grand. Se pourrait-il que vous soyez souffrant mon Bon Seigneur ? Dans ce cas il est urgent que vous preniez soin de vous et que vous vous nourrissiez de ce que...


- Je ne suis point souffrant, loin s'en faut et l'on prend bien soin de moi, croyez le bien, mais dites-moi d'abord quel est ce compagnon que vous avez introduit et qui n'eut dû, pas plus que vous même apparaître ici sans voile ? Et puis il me semble aussi, puisque vous vous autorisez quelque remarque personnelle, que votre bosse, selon l'écho qui me parvient, grandirait sensiblement...

- Je n'y puis rien mon Illustre Seigneur, je ne l'ai point introduit, mais il me suit depuis que je suis entré. Il dit aussi vous connaître et même prétend que vous avez commerce avec lui. Comment est-il entré ? je ne le sais, mais si j'en juge selon son aisance il semble bien connaître les lieux. Quant à ma bosse elle se porte bien et je n'y ai remarqué aucun changement.

- On me chuchote à l'oreille de me méfier. Donnez-moi, je vous prie, quelques détails à propos de ces bouchées que vous aimeriez que je mange. Il faut que je vous dise que ne suis plus aussi candide que vous vous plaisez à penser.
Peut-être faudrait-il que quelqu'un goûte à ces mets délicats que me préparez. Donnez-en une à votre compagnon !


- Non mon Maître, je vous supplie de ne point faire cela ! Cela aurait pour cause que je ne pourrai vous faire rapport de ce que j'ai appris et qui est, je le crois, de la plus haute importance.

jeudi 3 septembre 2009

" Celui qui lit toujours ne sera jamais lu. "

Jean-Joseph Jacotot



- Monseigneur, j'ai fait diligence et voici sur ce couvert les délicates substances que vous m'avez commandé.
- Vous-même, vous êtes-vous couvert pour cette fois-ci? Il me semble que votre voix cristalline n'est guère transformée par le filtre du voile et qu'ainsi je puis déduire que vous pourriez ne pas l'être.
- Roi Bienaimé, je vous prie d'être indulgent, croyez-vous qu'il soit pratique de se déplacer rampant sous la couverture sans cesse en proie à l'inquiétude de se prendre les pieds et de vous faire le déshonneur de m'étaler médiocrement devant vous comme il m'est arrivé tout-à-l'heure. Mais soyez rassuré, autant que je le puis, je cache à mon regard ce qui ne doit point se voir.
- Ne relâchez pas votre effort et venez avec prudence et sans un regard me livrer ce que nous attendons.
- Il en sera fait selon votre volonté...
- Monsieur, arrêtez-vous, j'apprends à l'instant que vous seriez un fieffé coquin. Il me semble que j'avais fortement manifesté le désir de vous savoir décoiffé de ce couvre-chef délirant.
- Vous avez raison, Monseigneur, et pourtant vous avez tort.
- Quelle est cette embrouille ? Est-ce là un nouveau jeu de mots auquel je n'entends rien ?
- Non Monseigneur, cela y ressemble mais cela n'est point.
- Expliquez-vous !
- Je suis simplement décoiffé, Monseigneur. J'ai depuis si longtemps le devoir de vous obéir et ainsi porter cette coiffe qui maintenant vous dérange que ma chevelure s'y est adaptée. J'ai beau faire l'effort de lui faire violence elle n'obéit pas et retrouve en peu de temps la forme à laquelle nous l'y avons contraint. Et pour ma part je ne suis même pas débarrassé des clochettes.
Au moindre de mes mouvement elles se mettent à tinter dans les espaces secrets de mes boyaux, ce qui va me rendre fou et fait que je ne trouve guère le repos.

mercredi 2 septembre 2009


- Quel est donc cette coiffe ridicule dont tu es affabulé et que j'entends si nettement tintinnabuler ?
- C'est celle de notre ordre, mon bon Seigneur, mais je dois vous dire que je ne suis point affabulé mais affublé et cette différence est essentielle pour nous. Je me dois de vous le rappeler : ce n'est pas le même état. Quant aux clochettes c'est justement pour ne point vous surprendre et me faire entendre de loin.
- Comment cela ? Es-tu fou de vouloir me faire la leçon ?
- Oui Monseigneur à qui je dois tout. Et non seulement je suis fier de l'être amis je considère que c'est là mon devoir.
- Aurais-tu, par quelques excès naturel et conforme à tes qualités, osé te défaire du grand voile ?- Je crois, "Monseigneur-et-Lumière", si miséricordieux, que mon pied s'est négligemment empêtré dedans si bien que pour éviter de tomber j'ai écarté les bras si brusquement que le voile a glissé jusqu'à se répandre, mais je dois à votre Seigneurie de lui dire que je me suis aussitôt tourné face devant derrière si bien que dans le ciel de l'alcôve, si j'ai bien vu, plusieurs lunes font carrière autour de leur soleil...
- Te moquerais-tu encore ?
- Je suis fou, vous le savez, mais je ne suis point complètement inconscient.
- Tu es bien chanceux que j'aie l'humeur légère et que je ne puisse paraître devant toi et te châtrer en mon état. Va quérir, sans te retourner, de quoi nous rafraîchir et nous restaurer promptement ! Et veille à être discret !
- C'est l'essence même de mon être, Seigneur... Encore une petite correction je vous prie... vous vouliez dire, châtier et non châtrer...
- Va sinon ce pourrait être la même chose ! Deux en une !
- Au secours ! Le roi aussi est un ...

mardi 1 septembre 2009

- Dites-moi, mes chères amies, que vous n'êtes point magiciennes, cela me réconforterait grandement...

- Nous ne pouvons prétendre à cela, mon bon Maître...

- Je ne suis pas sûr de comprendre ce que ces mots recouvrent. Il ne s'agit pas au moins de magie noire ? Comprenez que dans ma situation cela pourrait causer quelques troubles dont il me semble... que je devrais porter... que l'on...

- Pardonnez-nous votre majesté, mais cessez vos bavardages, les mots ne doivent rien recouvrir mais tout au contraire découvrir. Prenez- donc place en l'état dont nous vous parlions il y a si peu et pour vous rassurer sachez aussi qu'il n'existe point de magie noire ou blanche. Laissez-nous remuer les couches profondes
de votre inconscient et alors vous saurez de vous-même que tout ce qui est véritable n'est que magie. Sachez aussi que c'est elle qui vous aidera à vous échapper de votre déplorable trame dans laquelle vous êtes enfermé, prisonnier. Allons, faites le premier pas et nous ferons le second...


- Qu'il en soit fait selon votre volonté, mais rappelez-vous le devoir que vous vous vous êtes imposé. Nous ne saurions accepter le mensonge, l'ignorance ou la trahison. Nous ne ferons preuve d'aucune mollesse face à ces...

- Calmez-vous Monseigneur et ne soyez pas si prétentieux. Vous n'êtes même pas en chemin que vous vous égarez déjà.
Quant à la mollesse, nous nous jugeons que sur pièce...
Il n'y en a pas long maintenant :
je connais bien tout cela, son livre est plein de fadaise.
J'y ai perdu bien du temps, car une parfaite contradiction
est aussi mystérieuse pour les sages que pour les fous.
Mon ami, l'art est vieux et nouveau.
Ce fut l'usage de tous les temps
de propager l'erreur en place de la vérité par trois et un, un et trois :
sans cesse on babille à ce sujet, on apprend cela comme bien d'autres choses :
mais qui va se tourmenter à comprendre de telles folies ?
L'homme croit d'ordinaire, quand il entend des mots,
qu'ils doivent absolument contenir une pensée.


Goethe
Faust
(Cuisine de sorcière)


- Cher Maître et Seigneur à qui nous devons bien plus que ce que nous sommes, l'histoire que vous désirez connaître est une bien belle histoire. Sachez en préambule que vous serez bien étonné d'apprendre qu'en vérité c'est aussi la vôtre.
Cette histoire a pris place depuis bien longtemps dans la vie des hommes et face à elle, chacun de nous s'interroge à la manière d'un être se regardant dans le miroir...

- Vous le savez ma bien belle amie, je ne puis comprendre cela, je vous l'ai dit et vous le saviez déjà, je suis aveugle.

- Certes vous êtes aveugle de vos yeux, mon cher Maître, mais vous ne l'êtes certes pas de l'autre côté du miroir, celui de l'Esprit, qui ne se voit guère mais qui s'entend et se ressent. Or c'est de
ce domaine que nous allons vous entretenir. Du fait de votre petit problème, vous avez, bien malgré vous, une sorte d'avantage qui pourrait s'avérer considérable.
Selon les légitimes exigences de la raison, vous ne pouvez échapper à l'histoire des hommes, mais ce qui frappe l’Histoire elle-même d’une sorte d’insignifiance est qu'elle sert de trop divers intérêts... Il vous faudra vous armer de patience et faire de nombreuses pauses pendant lesquelles il faudra laisser votre corps, alternativement dans longues poses actives et d'autres pendant lesquelles vous devrez le laisser progresser sans aucun effort. Ne craignez rien nous allons vous prendre en mains et ne vous laisserons vous perdre en aucune manière.
Il faut d'abord que vous sachiez, nous vous l'apprendrons aussi d'une bien belle et autre manière, qu'il y a en l'homme deux natures : celle du corps et celle de l'esprit.

- Croyez-vous que nous puissions séparer ces deux choses comme il faut séparer le bon grain de l'ivraie ?



- Cher et vénéré Seigneur en qui toute chose finit par germer, il faudra vous armer de patience et considérer de juste manière notre bon plaisir. Tout viendra à point pour qui sait attendre. Laissez de côté ce penchant déplorable pour la pédante morale en nous accordant avec plaisir de vous défaire d'une part de votre prestige et de votre matérielle richesse. Il est des vérités qui n'apparaissent qu'à ceux qui savent se mettre à nu...

lundi 31 août 2009

"Oh! pour moi, je vous le jure, je ne l'ai pas fait exprès!
Je ne voulais pas qu'il me touchât. Ou du moins... je croyais ne pas vouloir.
Mais enfin j'ai regardé ce jeune homme, à l'instant où je l'admirais le plus,
à l'instant il m'a saisi la main... Alors mon père je n'aurai pour rien au monde
appelé quelqu'un à mon secours dans la position où j'étais
- et d'ailleurs, j'espérais bien me tirer toute seule.
J'ai lutté des quatre membres comme si je défendais ma vie,
depuis le coucher du soleil jusqu'à la nuit noire.
Puis j'ai vu qu'il était trop tard pour rentrer à la maison,
et je me suis découragée; mais jusqu'au lendemain matin
j'ai perdu courage plusieurs fois ainsi et je suis déterminée
à ne plus mettre aucune énergie dans ces rencontres inégales."


Les aventures du roi Pausole
Pierre Louÿs




- Vous le savez, mes chères petites Dames, je suis, par ma naissance, incapable de vous voir. Ainsi va la vie. Certains d'entre nous sont capable de voir au loin et d'autres de voir à l'intérieur des choses. Qui pourrait dire ce qu'il vaut mieux ? En ce qui me concerne, sans être sot, dépravé ni ambitieux, je n'en ai pas le choix et n'en courbe pas la tête. Si cela ne peut me plaire du moins cela me va et il m'arrive d'en ressentir quelques plaisirs.



- Voulez-vous, mes chères petites Dames, m'accordez quelques tours de ce manège dont vous m'entretenez si bien ? Ainsi sans me trémousser trop et sans les tristes inconvénient des bagages non plus que des cahots de la route j'aurais la sensation de voyager. Voulez-vous aussi aussi pour moi baisser le rideau de votre théâtre ? Car si je peine à voir je peine encore plus d'être vu. Vous me parlerez aussi, quand nous marquerons la petite pause pour nous restaurer de cet Adam que vous semblez connaître si bien.

dimanche 30 août 2009



"Souffrez, s'il vous plaît, monseigneur, que je ne vous flatte point,
et qu'en fidèle historien je raconte nuement les chose comme elles sont."

Vincent Voiture ( Lettres, 1649)


« De ce que je ne puis composer je puis pour moins en faire le festin.
- Où êtes-vous manants, galantes en charge de moi ?
Grossiers, discourtois et irrévérencieux malappris !
Quand le bâton se lève il n'y a plus guère de temps à perdre en soumissions sans distinction de taille ou de nombre. Mon ventre crie et passe commande. L'orage, sans doute, menace.
- Prenez garde que de tout cela ne résulte le désagrément d'un vent qui se lève, décime les plaines et ne stimule ardemment les variables du temps.
Je ne veux, que dis-je, je ne peux "sauter par dessus les joies de la terre" avant que d'aller rejoindre celle qui m'attend.
- Le temps presse. Combien se trouvera-t'il d'honnêteté que je n'aie imaginée, si éloignée de cette perfection ?
Aux adeptes du rigorisme doux, auxquels j'appartenais, s’opposent ceux du rigorisme dur dont je souhaiterai partager les bienfaits. Cependant je ne puis que constater pour mon malheur le peu d'autorité que j'ai sur eux.
L'injustice est grande. Mes gens se gaussent de moi et font des gorges chaudes des extraits mutilés et des citations tronquées qu'ils recueillent de ci de là. La parole privée de ses résonances et de son ambiguïté méprise à l'envi la piété et la raison.
Malgré moi et à mes dépends, ils font de moi ce qui m'attriste le plus : un doux rêveur.
Il faut en toute bonne volonté, sans couleurs, sans artifices, sans allégeance corrompue et avec une extrême lucidité que cela change.»

samedi 29 août 2009

"Je souscris à tout ce qu'il contient,
sauf le mal s'il y en a."



« Où se trouvent les limites de notre idéal ? Pourquoi suis-je aveugle à ce point que je doive leur confier de voir à ma place ? Cette incapacité de voir est-elle aussi réelle que la réalité qu'elle ne peut voir ? Imposer nos lois à la nature ne donnent que de bien piètres résultats aussitôt soumis à l'assaut du temps. Quand aurais-je à nouveau l'insouciante légèreté de mes fidèles serviteurs ? Qui me lancera cette balle que je viens de lancer dans l'obscurité qui m'entoure ? J'ai malheureusement bien peu de chance que cela m'arrive un jour si de ma situation je ne fasse l'incongru et scandaleux sacrifice. Pourrais-je de ma propre main me ravir si cruellement à ce qui tant me réjouit pour une incertaine félicité ? Me lancer de moi-même vers ce ciel inconnu... Mais bon, s'il faut être patient et respecter sagement nos dignes et honnêtes horizons, ouvrons les portes, le peuple a faim...
- Foin de fictions et de molles soumissions, valets, marmaille et suaves courtisanes, apportez-moi ripailles que je peuple nos entrailles de rudes soleils, de lunes glacées et de suaves étoiles au firmament ! »
Aussi ordinaire, paisible et harmonieux le réel soit-il, il ne laisse pas de mettre en garde contre les courants sous-jacents aux apparences dont l'éruption est susceptible de tout mettre sens dessus dessous.

Batya Gour
Jérusalem,
une leçon d'humilité


« Assez parlé. Aux actes maintenant et joignons l'agréable à l'utile ! Allez et que cette petite sphère si parfaite, symbole de notre amitié, me soit ramenée ainsi que tout ce qu'elle va éclairer. Surtout ne perdez rien en chemin et soyez comme elle : aussi vive qu'attentive ! »


Ainsi, un fois encore le monde se renverse. Les flux s'inversent et me voilà sans regard distrait courant comme un idiot derrière sa "baballe" et qui plus est heureux comme un chiot d'œuvrer selon sa volonté qui se double de mon bon plaisir.
Doux rêveur à la chance inouïe, je cours sans savoir et saute allégrement par dessus les marches rigoureuses et les secrets trop bien gardés, méconnaissant au passage les sinueux et rougeoyants éclats jaillissant des noirs tréfonds de l'âme humaine. Après tout, nous ne faisons partie que d'un ensemble et non de la totalité dans laquelle se perd l'inéluctable intrication des faits et des valeurs. Serions-nous à même de distinguer les ensembles des touts que nous ne pourrions encore être sûr de rien. Et surtout pas de ces riens que certains s'obstinent à nommer destins...
Je ne suis qu'un accident venu troubler momentanément l'esprit humain de notre despotique Pater dans son fonctionnement régulier et peut-être infaillible, mais il est parfois bien reposant de n'être qu'un chien...


"Si l'erreur est corrigée chaque fois qu'elle est décelée,
alors le chemin de l'erreur est celui de la vérité."


H. Reichenbach.

vendredi 28 août 2009

Viens par ici ;
ouvre la bouche : voilà qui va te donner la parole, mon chat : ouvre la bouche ;
rien de tel pour vous remettre la tremblotte d'aplomb, et comme il faut.
Tu ne connais pas tes amis. Ouvre à nouveau tes babines.


Shakespeare
La tempête
Acte II, scène II ( Stéphano )



« Avant de vous laisser retourner accomplir votre devoir, j'aimerai que vous répondiez encore à une petite question qui, je vous l'avoue, m'intrigue énormément. Vous m'avez dit que vous aviez ressenti avec certitude qu'il avait cessé de penser. N'est-il point ? »
- C'est tout-à-fait exact.
« Sachant que vous n'êtes, à votre corps défendant, pas équipé de l'organe nécessaire à cette opération, comment avez fait pour en arriver à cette conclusion ? »
- C'est très simple, mon bon Maître, nous avons observé qu'il devenait sensible à son environnement.
« Comment cela ? »
- Eh bien, par exemple, au départ de note longue route, à peine passés les premiers temps d'une relative surprise due au changement, à mesure que la température montait, il nous est très vite apparu qu'il était persuadé de traverser un région morne et aride qui ne présentait aucun intérêt et surtout qui lui semblait totalement inhabitée parce que dans son esprit elle était inhabitable. Il marchait en regardant uniquement dans notre direction sans s'intéresser à rien d'autre. Et pour cause, dans son esprit, rien d'autre ne pouvait exister. Cela fut ainsi jusqu'au jour où il nous devenu évident qu'il commençait à voir ce qui jusque là lui était invisible.

« Qu'avait-il vu selon vous et surtout comment savez-vous qu'il a vu ? »


- Il parvenait à hauteur d'une rosette de feuilles épaisses et magnifiques comme il en existe des centaines dans cette région. Ce qui est pour nous une vraie source d'admiration ne suscitait en lui qu'une sorte d'indifférence. Le seul intérêt qu'il leur témoignait était l'ombre quelles projetaient et dans laquelle il lui arrivait de s'asseoir. Ce jour-là au lieu de s'y précipiter nous le vîmes reculer d'un pas, l'air stupéfait. Manifestement il avait vu ce que jusqu'ici il n'avait su voir : deux petits habitants littéralement terrorisés par sa présence...

Ho ! Un esprit à lui qui vient me tourmenter
Pour avoir été long à ramener du bois.
À plat ventre : espérons qu'il ne nous verra pas.

Shakespeare
La tempête
Acte II, scène II ( Caliban )

jeudi 27 août 2009

Nous parvînmes ici dans cette île, où dès lors
Je me fis ton maître d'école et t'en appris
Plus long que n'en peuvent savoir d'autres princesses
Qui ont des maîtres moins zélés et plus de temps
Pour les frivolités

Shakespeare
La tempête
Acte I, scène II ( Prospero )


« Cesse de pleurnicher petit compagnon que je veux fidèle. Votre amour propre et le mien, tout comme votre intérêt doivent vous engager à soigner toujours mieux votre travail. C'est du reste le seul moyen pour vous de rester en vie. Si la matière de votre ouvrage est grandement subtile, vous avez le savoir-faire nécessaire pour le mener à bien. Soyez exact dans la mesure non par crainte de la loi ou de moi-même, mais parce que c'est pour vous un devoir rigoureux et que si vous vous trompez à nouveau vous porterez atteinte à l'œuvre tout entière et me causerez ainsi un préjudice qui ne peut que rejaillir sur vous-même. Mettez donc sérieusement et allègrement en grande vigueur ces principes et ces conseils amicaux et vous serez le premier à en bénéficier. Bien qu'un certain organe vous manque et ainsi vous protège, ne vous faites pas d'illusion, la tentation de l'imaginaire est grande et plus forte que vous ne pouvez l'imaginez. Il fait tout son possible pour vous faire dévier de votre course et vous enlever à son profit une part importante de votre énergie. Soyez sur vos gardes et marchez résolument en avant dans la voie de la probité et du progrès, vous en recevrez une juste récompense. Que cette petite balle en soit la promesse et la première part. »