samedi 5 septembre 2026

(200) L’abracadabrante histoire de l’Enfant Lune

 

 
Où la nuit, sans promesse, ne dévoilait rien. Ce qui, dans son ombre, demeurait encore invisible n’avait pris aucun engagement envers le regard qui, quelque part sur ces ponts silencieux, commençait peut-être seulement à apprendre combien l’acte de voir dépend aussi de ce qui se dérobe.
 
Très loin, hors de toute vue, une masse de glace poursuivait lentement son déplacement, non pas vers le paquebot, puisqu’elle ne connaissait ni sa présence ni sa route, mais selon les vents, les courants et les températures qui la portaient depuis longtemps… et tandis que l’un avançait en transformant l’espace en temps gagné, l’autre dérivait sans rien gagner ni perdre, de sorte que leur rencontre possible n’existait encore nulle part comme événement, mais seulement dans cette région étrange où deux mouvements qui s’ignorent peuvent déjà appartenir à la même histoire.
Peut-être le cerveau était-il précisément l’endroit où une telle histoire pouvait commencer avant d’être comprise. Un changement presque imperceptible dans l’air.
Peut-être une obscurité plus compacte… ou une éclaircie qui, si elle paraissait, ne serait d’abord que l’amorce ténue d’une aurore.
Et cette attention sans visage, encore incapable de dire ce qu’elle attendait, qui retenait déjà certains détails avec un soin dont elle ne connaissait pas la raison.
La nuit pouvait continuer à se répandre. Les machines à ronronner. Rien encore n’était arrivé… mais quelque chose avait commencé à devenir possible.


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