samedi 28 février 2026


« La conscience ne se présente pas à elle-même comme morcelée en fragments. Des mots tels que “chaîne” ou “train” ne la décrivent pas comme elle se donne d’abord. Elle n’est rien de joint: elle coule. Une “rivière” ou un “courant” sont les métaphores par lesquelles elle se décrit le plus naturellement. En parlant d’elle par la suite, appelons-la le courant de la pensée, de la conscience ou de la vie subjective.
Chaque pensée tend à faire partie d’une conscience personnelle.
Dans chaque conscience personnelle, la pensée est toujours en changement.
Dans chaque conscience personnelle, la pensée est sensiblement continue.
Elle paraît toujours s’occuper d’objets indépendants d’elle-même.
Elle s’intéresse à certaines parties de ces objets à l’exclusion d’autres parties, et elle accueille ou rejette, en un mot, elle choisit, tout au long de sa durée.
La conscience, donc, ne consiste pas en morceaux juxtaposés, mais en un flux.
Les divisions que nous y traçons sont le résultat de réflexions ultérieures.
Rien n’est joint; tout coule et se transforme.
La pensée passe et se transforme sans cesse, et pourtant elle demeure elle-même.
Elle n’est pas un objet; elle est un processus.»

William James, Principles of Psychology (1890)




Il arrive qu’un penseur affirme que l’esprit n’est pas ce que nous croyons. Non pas une entité intérieure, ni un noyau stable qui nous appartiendrait, mais un mouvement. Cette affirmation bouleverse d’abord parce qu’elle retire à l’esprit toute substance rassurante. Elle ne laisse subsister qu’une activité, un processus en train de se produire. Ce que nous appelons «notre esprit» cesse alors d’être un lieu. Il devient un passage.

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