vendredi 16 octobre 2026

(246) L’abracadabrante histoire de l’Enfant Lune

 

 “Nous voici donc revenus à l'ordre emblématique par lequel le monde lui-même nous est révélé. Il sera considéré ici comme la source première de ce dualisme philosophique inhérent aux religions, mais récusé par la conception scientifique du monde, que la psychologie s'efforce de réduire et d'évacuer; et dont le fondement matériel, la fonction et la logique propre commencent seulement à être dévoilés grâce à la démarche originale de l'ethnologie. Celle-ci, en effet, ne s'attache plus (comme le faisait, par exemple, la philosophie des Lumières) à ce qui serait factuellement contestable dans les vérités des cultures (la tradition), mais plutôt (comme le fait désormais la psychologie) au rôle que jouent effectivement de telles représentations dans le fonctionnement de la société. D'un tel point de vue ce fameux dualisme rend mieux compte du vécu de notre expérience que ne saurait le faire un matérialisme par trop positiviste. Mais il s'avère alors qu'il n'est qu'une apparence de dualisme. Il y a bien une région de l'expérience qui correspond à ce qu'on appelle la "transcendance", mais elle supporte sans dommage d'être ramenée dans le giron de l'immanence - il y a, en effet, un au-delà, un "autre monde", mais qui n'est que le reflet, projeté sur les nuages, de l'autre face, encore mal connue, de ce monde-ci.”


Michael Francis Gibson, Ces lois inconnues, Métailié, p. 117

 


Où, perdant de vue momentanément Igniatius et Lucian cheminant sur le même chemin, mais en des temps différents, se présente la manifestation d’une “confusion temporelle” ou, plus précisément, une “secousse de temps” pendant laquelle deux… ou trois histoires se mêlent et s’entremêlent sans obéir à la moindre règle connue.


Extrait du journal de Don Carotte
 
Nous continuions d’avancer. Par nécessité. Le sentier, s’il avait jamais existé, n’était plus qu’un souvenir battu par des racines noueuses. Le silence, que nous avions d’abord perçu comme noble, nous écrasait désormais. Il était insondable, trop dense pour nos pauvres oreilles. Et dans ce silence, les rares sons, le frottement d’une aile, le craquement d’une branche, prenaient une dimension démesurée. Ils résonnaient dans mon crâne, s’amplifiaient à l’intérieur de moi comme si mes os devenaient caisse de résonance. Je crois qu’il en était de même pour Sang Chaud.

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