jeudi 1 octobre 2026

(228) L’abracadabrante histoire de l’Enfant Lune

Où Félix comprend que Damon et Daemon ne peuvent être distingués... Leur ressemblance trouble jusqu’à la manière dont on reconnaît une aide... Ce qui semble insignifiant dans une image peut alors, étant revue, revenir autrement. Il en vient ainsi à soupçonner qu’une présence peut avoir accompagné un passage sans jamais se signaler comme telle…



Carnet de Félix 

Je ne peux plus dire que Damon est le modèle et Daemon la copie, pas plus que je ne pourrais soutenir l’inverse, puisque Daemon, en prenant l’apparence de Damon, révèle quelque chose qui se trouvait déjà en Damon sans que personne n’ait songé à le nommer, tandis que Damon, par son existence même, retire à Daemon le privilège d’être l’unique détenteur de cette fonction. Chacun fait vaciller l’autre, et leur ressemblance finit même par atteindre le regard de celui qui voudrait déterminer ce qui a eu lieu, car il pourrait très bien reconnaître une aide là où il n’y en eut aucune ou, inversement, avoir traversé grâce à elle un passage dont il continuera longtemps à croire qu’il l’a franchi seul.
À certains moments ils sont donc véritablement indiscernables… sans être une énigme réclamerait sa solution, mais parce que la distinction n’a plus rien à y faire.
Un petit chien bleu était là. Il a marché quelque temps auprès de l’Enfant Lune et Pinocchio l’Autre, puis ailleurs... On tourne les pages. On passe d’un dessin à l’autre et quelque chose arrive.
Et beaucoup plus tard seulement, pour une raison que l’on ne saurait expliquer tout à fait, on revient à cette image où le petit chien se tenait presque à l’écart, et l’on se demande si ce que l’on vient de voir aurait eu lieu de la même manière sans lui.
Damon ou Daemon? Je ne sais pas si la question porte encore sur celui qui était là ou sur celui que je suis devenu en revenant regarder. Peut-être est-ce cela, finalement, que leur présence m’oblige à reconnaître qu’une aide n’a pas nécessairement besoin de se montrer pour avoir eu lieu. Il arrive même que sa discrétion soit telle que celui qu’elle a accompagné conserve la possibilité de ne jamais savoir qu’il ne marchait pas seul.

Félix