« On ne peut continuer à prostituer l’idée de théâtre qui ne vaut que par une liaison magique, atroce, avec la réalité et avec le danger. […]
Posée de la sorte, la question du théâtre doit réveiller l’attention générale, étant sous‑entendu que le théâtre par son côté physique, et parce qu’il exige l’expression dans l’espace, la seule réelle en fait, permet aux moyens magiques de l’art et de la parole de s’exercer organiquement et dans leur entier, comme des exorcismes renouvelés. […]
C’est-à-dire qu’au lieu d’en revenir à des textes considérés comme définitifs et comme sacrés, il importe avant tout de rompre l’assujettissement du théâtre au texte, et de retrouver la notion d’une sorte de langage unique à mi‑chemin entre le geste et la pensée.»
Antonin Artaud, Premier manifeste du Théâtre de la cruauté, dans Le Théâtre et son double
Posée de la sorte, la question du théâtre doit réveiller l’attention générale, étant sous‑entendu que le théâtre par son côté physique, et parce qu’il exige l’expression dans l’espace, la seule réelle en fait, permet aux moyens magiques de l’art et de la parole de s’exercer organiquement et dans leur entier, comme des exorcismes renouvelés. […]
C’est-à-dire qu’au lieu d’en revenir à des textes considérés comme définitifs et comme sacrés, il importe avant tout de rompre l’assujettissement du théâtre au texte, et de retrouver la notion d’une sorte de langage unique à mi‑chemin entre le geste et la pensée.»
Antonin Artaud, Premier manifeste du Théâtre de la cruauté, dans Le Théâtre et son double
Il est des lieux où l’on ne joue pas la vérité, mais où elle vous défait. Il se pourrait que le théâtre véritable ne raconte rien: il vous ravit, mais, dans le même temps, vous retire et, sans que, dans l’instant vous ne sentiez rien, il vous brûle. Il est un seuil qui se passe sans un signe. Là, comme dans le jardin de l’Enfant Lune, on ne traverse pas les symboles, on y est traversé.
– Qui est l’Enfant Lune?
– Patience…
Les deux compagnons perroquets ont repris leur dialogue.
– Nul ne sort indemne d’un lieu qui ne se comprend pas, mais qui vous transforme. Ce n’est pas une mise en scène: c’est une naissance. Écoutez-le parler!
– Ce théâtre qui brûle y ressemble… mais… n’est pas une allégorie. Il est l’événement même, se dit l’Enfant Lune. Comme dans ce jardin où l’homme ne se promène pas: il s’y perd pour y naître véritablement.
– Il parle bien… mais où va-t’il?
– Le feu du récit n’est pas une fin. Il est la lumière de l’origine, celle qui précède le langage et consume tout ce qui prétend à la fixité. Le théâtre est une bouche. Et nous, les penseurs…
– Oh! Comme vous y allez! Nous? Des penseurs… cela me laisse songeur…
– Voyez comme notre présence est fragile
– Nous sommes toujours sur le point d’être “avalés”…
– J’espère bien fort… que vous avez tort… et d’abord, je me sens quelque peu perdu… Où sommes-nous?
– Ce théâtre qui brûle y ressemble… mais… n’est pas une allégorie. Il est l’événement même, se dit l’Enfant Lune. Comme dans ce jardin où l’homme ne se promène pas: il s’y perd pour y naître véritablement.
– Il parle bien… mais où va-t’il?
– Le feu du récit n’est pas une fin. Il est la lumière de l’origine, celle qui précède le langage et consume tout ce qui prétend à la fixité. Le théâtre est une bouche. Et nous, les penseurs…
– Oh! Comme vous y allez! Nous? Des penseurs… cela me laisse songeur…
– Voyez comme notre présence est fragile
– Nous sommes toujours sur le point d’être “avalés”…
– J’espère bien fort… que vous avez tort… et d’abord, je me sens quelque peu perdu… Où sommes-nous?


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