« N'importe où, à volonté, je peux tirer un voile sur mon regard: tout à coup, je me retire en moi-même et j'y trouve une chambre noire où tous les accidents de la Nature se reproduisent sous une forme beaucoup plus pure que celle sous laquelle ils apparaissent à mes sens extérieurs. » Il avait appris à cultiver des visions qui étaient nourries non de fantaisie, mais de vérité - la vérité de sa mémoire et de son observation -, et qu'il pouvait convoquer à volonté, et modifier à son gré.»
Honoré de Balzac
Prologue
Le prologue est devant l’œuvre.
C’est une porte qui ouvre la maison.
C’est l’apparition première.
Avant que l’on entre, il se montre.
Il est comme l’âne attelé à l’avant de la roulotte. Il frappe le sol, tire et, en un suprême effort, arrache la carriole à l’immobilité.
Ainsi commence le livre, dans un élan.
Mais à peine la route est-elle prise
que déjà le regard se tourne ailleurs. Les chemins s’ouvrent. Le voyage a commencé. Le prologue demeure au point du départ et s’efface. Pourtant c’est lui qui a donné l’élan. Maintenant il se tait et tout le livre continue d’avancer sous la poussée de cette première parole. Et lorsque, plus tard, ayant transgressé quelques frontières, on revient au commencement, on s’étonne.
Dans ces quelques lignes il y avait déjà la rumeur du livre entier, comme dans l’aube existe déjà tout le jour.

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