lundi 9 mars 2026


Quand on évoque la question de la manipulation surgit tôt ou tard celle de la liberté. La hantise de la manipulation est liée à la peur de comprendre, ou de savoir, que notre façon de penser ou d'agir n'est pas tributaire de notre libre arbitre et dépend d'une puissance extérieure.

C'est pourquoi l'univers de la manipulation et de la propagande est souvent associé - à tort - à celui des systèmes totalitaires. Il nous est fort difficile d'admettre que la propagande soit aussi une composante essentielle des systèmes démocratiques. Le spectre d'un Big Brother nous observant et nous surplombant hante toute discussion sur la manipulation et la propagande.

Mais avons-nous vraiment besoin d'autrui pour nous manipuler à partir du moment où nous pouvons fort bien nous manipuler tout seul? Et surtout, que signifie notre liberté et où se situe notre libre arbitre sachant que nous sommes toujours enclins à accepter une servitude?


Benoît Heilbrunn, Psychologie de la manipulation, Pocket Agora Essais, p.227



– Dites-moi… que savez-vous à propos du mot demeure?
– Selon notre maître le mot “demeure” paraît simple, presque domestique. Pourtant, il abrite une profondeur historique et ontologique étonnante.
– D’où vient-il?
– Étymologiquement, demeurer est issu du latin demorari. On y trouve la racine morari, «retarder ou rester», elle-même liée à mora, le délai, la durée qui suspend le cours ordinaire des choses.
– Et qu’ajoute… ou sépare le préfixe “de”? 
– Il ne marque pas ici une séparation mais une intensification ou un accomplissement: demorari signifie aussi s’arrêter complètement ou prolonger son séjour.
– Donc, demeurer, à l’origine, c’est prendre le temps de rester.
– C’est cela… ce premier sens est décisif. Avant de désigner une habitation, la demeure est d’abord un arrêt dans le flux, une épaisseur de temps avant d’être un espace. Elle n’est pas seulement un lieu où l’on vit, mais un lieu où l’on consent à rester.
– Il y a donc un passage…
– Le passage du temps à l’espace… Comment cela se fait-il?
–Cela se fait tout naturellement. Rester quelque part finit par produire un lieu stable. La demeure devient alors la maison. Ce lieu habité est l’espace qui reçoit et protège. Pourtant, même dans ce sens concret, la temporalité n’a pas disparu.
– Développez, je vous prie .
– Une demeure n’est pas simplement un bâtiment: c’est un lieu investi par la durée. Une ruine peut être un bâtiment, elle cesse d’être une demeure lorsque une présence… humaine… ou autre…s’en est retirée.
– Si je vous comprends bien… ce qui fait la demeure, ce n’est pas la pierre, ou la construction, c’est la persistance d’une vie.
– Demeurer, c’est habiter. «Nous demeurons dans ce blog» signifie que nous y avons fixé notre existence.
– Mais demeurer signifie aussi subsister, survivre: «Il ne demeurera de nous que quelques traces», «cela demeure malgré tout». Ici, le lieu disparaît au profit du temps. Ce qui demeure, c’est ce qui traverse l’usure, ce qui reste après l’érosion.


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