« Le monde est là avant toute analyse que je puisse en faire, et il serait artificiel de le dériver d’une série de synthèses qui relieraient les sensations, puis les aspects perspectifs de l’objet, alors que les unes et les autres sont justement des produits de l’analyse et ne doivent pas être réalisées avant elle. L’analyse réflexive croit remonter à la source de l’expérience, mais elle en reconstruit seulement le résultat.
Je ne suis pas devant mon corps, je suis dans mon corps, ou plutôt je suis mon corps.
Le monde n’est pas ce que je pense, mais ce que je vis; je suis ouvert au monde, je communique indubitablement avec lui, mais je ne le possède pas, il est inépuisable.
Il y a un sens du monde qui n’est pas constitué par moi, mais qui se constitue à travers moi.
Je ne suis pas un sujet qui contemple un objet, mais un être qui est engagé dans le monde et qui ne peut se comprendre qu’à partir de cet engagement.
Le réel est à décrire, et non à construire ou à constituer.
La perception n’est pas une science du monde, ce n’est même pas un acte, une prise de position délibérée; elle est le fond sur lequel tous les actes se détachent et elle est présupposée par eux.»
Je ne suis pas devant mon corps, je suis dans mon corps, ou plutôt je suis mon corps.
Le monde n’est pas ce que je pense, mais ce que je vis; je suis ouvert au monde, je communique indubitablement avec lui, mais je ne le possède pas, il est inépuisable.
Il y a un sens du monde qui n’est pas constitué par moi, mais qui se constitue à travers moi.
Je ne suis pas un sujet qui contemple un objet, mais un être qui est engagé dans le monde et qui ne peut se comprendre qu’à partir de cet engagement.
Le réel est à décrire, et non à construire ou à constituer.
La perception n’est pas une science du monde, ce n’est même pas un acte, une prise de position délibérée; elle est le fond sur lequel tous les actes se détachent et elle est présupposée par eux.»
Maurice Merleau-Ponty, tiré de Phénoménologie de la perception (1945)
L’art n’est jamais un objet parmi d’autres. Il n’est pas une production que l’on pourrait simplement regarder de l’extérieur. Il appartient à l’ordre de ce qu’on appelle, selon Henri Maldiney, l’événement de l’apparaître. Pour comprendre cela, il faut revenir au sens le plus originaire du mot ars: ajuster. Mais cet ajustement ne concerne pas seulement la matière travaillée. Il concerne l’existence elle-même, dans sa capacité à entrer en rapport avec ce qui surgit.
L’art n’est pas la fabrication d’une forme. Il est ce moment où une forme devient possible. Il n’est pas un résultat. Il est une ouverture.
Il faut insister sur le fait que nous ne vivons pas dans un monde d’objets constitués une fois pour toutes. Nous vivons dans un champ d’apparitions. Le réel n’est pas donné comme un inventaire stable. Il advient. Il se transforme selon la manière dont nous sommes capables de l’accueillir. La plupart du temps, nous neutralisons cette dimension. Nous reconnaissons ce que nous voyons. Nous identifions ce qui a été nommé et nommons ce qui ne l’est pas encore. Nous réduisons l’apparaître à du déjà connu.
L’art interrompt ce mouvement.
Face à une œuvre véritable, quelque chose cesse d’être immédiatement reconnaissable. Ce que nous voyons ne se laisse pas absorber dans nos catégories habituelles. Il ne s’agit pas d’un manque de compréhension. Il s’agit d’une mutation du rapport lui-même. L’œuvre ne demande pas d’être expliquée. Elle demande que nous devenions capables de la rencontrer.
Maldiney nomme cela la transpassibilité. Ce mot désigne la capacité d’être atteint par ce qui ne peut pas être prévu. La passibilité ordinaire est la capacité de subir ce qui arrive. La transpassibilité est la capacité d’être ouvert à ce qui n’a encore aucune forme déterminée dans notre expérience. Elle est une disponibilité à l’événement pur.
L’art est l’un des lieux privilégiés de cette expérience.
Car l’œuvre ne transmet pas un contenu. Elle transforme le champ de présence dans lequel nous existons. Elle modifie notre manière de respirer l’espace. Elle change la distance entre nous et ce qui est là. Elle fait apparaître un monde qui n’existait pas auparavant sous cette forme.
Cela signifie que l’art ne représente pas le réel. Il le fait advenir.
Une peinture n’est pas l’image d’un paysage. Elle est l’événement d’un espace. Elle ouvre une profondeur qui n’était pas perceptible auparavant. Les couleurs cessent d’être des propriétés d’objets. Elles deviennent des forces. Les lignes cessent de délimiter des contours. Elles deviennent des tensions. Ce que nous percevons n’est plus une chose. C’est une configuration vivante.
De la même manière, un poème n’est pas une suite de signes porteurs d’un sens préexistant. Il est le lieu où le langage cesse d’être un instrument pour devenir un milieu. Les mots ne désignent plus seulement. Ils instaurent une présence. Ils font exister ce qu’ils disent.
C’est pourquoi Maldiney affirme que l’œuvre d’art est inséparable du rythme. Le rythme n’est pas la répétition régulière. Il est la structuration vivante d’un champ de forces. Il est ce qui rend possible l’unité d’une forme sans la figer. Le rythme est l’organisation interne de l’apparaître.
Dans cette perspective, l’art n’est pas une activité parmi d’autres. Il touche à la structure même de l’existence humaine. Exister, pour Maldiney, signifie être exposé à ce qui vient. Cela signifie ne pas être enfermé dans un système clos. Cela signifie pouvoir être transformé.
L’art rend cette dimension sensible.
Il nous place dans une situation où nous ne pouvons plus simplement reconnaître. Nous devons entrer dans un rapport nouveau. Nous devons laisser se former en nous une capacité de réponse qui n’existait pas encore.
C’est pourquoi Maldiney parle d’expérience, au sens le plus radical. Non pas accumulation de connaissances, mais traversée. Quelque chose nous arrive. Et cet événement ne laisse pas intact celui qui le traverse.
L’œuvre véritable ne se contente pas d’exister devant nous. Elle modifie notre possibilité d’exister.
Elle agit comme une ouverture dans la continuité du monde familier. Elle introduit une discontinuité. Elle suspend les évidences. Elle crée un espace où quelque chose peut apparaître pour la première fois.
Dans ce sens, l’art est profondément lié à la notion d’origine. Non pas l’origine chronologique, mais l’origine comme surgissement. Chaque œuvre authentique est un commencement. Elle inaugure une manière d’être au monde.
Ce commencement n’appartient pas seulement à l’artiste. Il appartient aussi à celui qui rencontre l’œuvre. Car l’œuvre n’existe pleinement que dans cette rencontre. Elle n’est pas un objet fermé. Elle est une possibilité ouverte.
Ainsi, l’art, dans la pensée de Maldiney, est l’un des lieux où l’existence retrouve sa dimension la plus essentielle : celle d’un être capable d’être atteint, déplacé, ouvert.
L’art n’ajoute rien au monde. Il rend le monde à sa capacité d’apparaître.
Et c’est pourquoi il est toujours lié à un risque. Car apparaître signifie sortir de ce qui était assuré. Cela signifie entrer dans une région où aucune forme n’est encore garantie. L’art est ce point fragile où une forme commence à tenir, où le chaos devient présence, où l’existence trouve, pour un instant, sa justesse vivante.
L’art n’est pas la fabrication d’une forme. Il est ce moment où une forme devient possible. Il n’est pas un résultat. Il est une ouverture.
Il faut insister sur le fait que nous ne vivons pas dans un monde d’objets constitués une fois pour toutes. Nous vivons dans un champ d’apparitions. Le réel n’est pas donné comme un inventaire stable. Il advient. Il se transforme selon la manière dont nous sommes capables de l’accueillir. La plupart du temps, nous neutralisons cette dimension. Nous reconnaissons ce que nous voyons. Nous identifions ce qui a été nommé et nommons ce qui ne l’est pas encore. Nous réduisons l’apparaître à du déjà connu.
L’art interrompt ce mouvement.
Face à une œuvre véritable, quelque chose cesse d’être immédiatement reconnaissable. Ce que nous voyons ne se laisse pas absorber dans nos catégories habituelles. Il ne s’agit pas d’un manque de compréhension. Il s’agit d’une mutation du rapport lui-même. L’œuvre ne demande pas d’être expliquée. Elle demande que nous devenions capables de la rencontrer.
Maldiney nomme cela la transpassibilité. Ce mot désigne la capacité d’être atteint par ce qui ne peut pas être prévu. La passibilité ordinaire est la capacité de subir ce qui arrive. La transpassibilité est la capacité d’être ouvert à ce qui n’a encore aucune forme déterminée dans notre expérience. Elle est une disponibilité à l’événement pur.
L’art est l’un des lieux privilégiés de cette expérience.
Car l’œuvre ne transmet pas un contenu. Elle transforme le champ de présence dans lequel nous existons. Elle modifie notre manière de respirer l’espace. Elle change la distance entre nous et ce qui est là. Elle fait apparaître un monde qui n’existait pas auparavant sous cette forme.
Cela signifie que l’art ne représente pas le réel. Il le fait advenir.
Une peinture n’est pas l’image d’un paysage. Elle est l’événement d’un espace. Elle ouvre une profondeur qui n’était pas perceptible auparavant. Les couleurs cessent d’être des propriétés d’objets. Elles deviennent des forces. Les lignes cessent de délimiter des contours. Elles deviennent des tensions. Ce que nous percevons n’est plus une chose. C’est une configuration vivante.
De la même manière, un poème n’est pas une suite de signes porteurs d’un sens préexistant. Il est le lieu où le langage cesse d’être un instrument pour devenir un milieu. Les mots ne désignent plus seulement. Ils instaurent une présence. Ils font exister ce qu’ils disent.
C’est pourquoi Maldiney affirme que l’œuvre d’art est inséparable du rythme. Le rythme n’est pas la répétition régulière. Il est la structuration vivante d’un champ de forces. Il est ce qui rend possible l’unité d’une forme sans la figer. Le rythme est l’organisation interne de l’apparaître.
Dans cette perspective, l’art n’est pas une activité parmi d’autres. Il touche à la structure même de l’existence humaine. Exister, pour Maldiney, signifie être exposé à ce qui vient. Cela signifie ne pas être enfermé dans un système clos. Cela signifie pouvoir être transformé.
L’art rend cette dimension sensible.
Il nous place dans une situation où nous ne pouvons plus simplement reconnaître. Nous devons entrer dans un rapport nouveau. Nous devons laisser se former en nous une capacité de réponse qui n’existait pas encore.
C’est pourquoi Maldiney parle d’expérience, au sens le plus radical. Non pas accumulation de connaissances, mais traversée. Quelque chose nous arrive. Et cet événement ne laisse pas intact celui qui le traverse.
L’œuvre véritable ne se contente pas d’exister devant nous. Elle modifie notre possibilité d’exister.
Elle agit comme une ouverture dans la continuité du monde familier. Elle introduit une discontinuité. Elle suspend les évidences. Elle crée un espace où quelque chose peut apparaître pour la première fois.
Dans ce sens, l’art est profondément lié à la notion d’origine. Non pas l’origine chronologique, mais l’origine comme surgissement. Chaque œuvre authentique est un commencement. Elle inaugure une manière d’être au monde.
Ce commencement n’appartient pas seulement à l’artiste. Il appartient aussi à celui qui rencontre l’œuvre. Car l’œuvre n’existe pleinement que dans cette rencontre. Elle n’est pas un objet fermé. Elle est une possibilité ouverte.
Ainsi, l’art, dans la pensée de Maldiney, est l’un des lieux où l’existence retrouve sa dimension la plus essentielle : celle d’un être capable d’être atteint, déplacé, ouvert.
L’art n’ajoute rien au monde. Il rend le monde à sa capacité d’apparaître.
Et c’est pourquoi il est toujours lié à un risque. Car apparaître signifie sortir de ce qui était assuré. Cela signifie entrer dans une région où aucune forme n’est encore garantie. L’art est ce point fragile où une forme commence à tenir, où le chaos devient présence, où l’existence trouve, pour un instant, sa justesse vivante.
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