mardi 23 juin 2026

(122) L’abracadabrante histoire de l’Enfant Lune



“ Les pages d’un livre délimitent un espace clos, retiré du monde immédiat. Ce retrait agit comme une concentration. Une lumière intérieure commence à apparaître, non sur le papier lui-même, mais dans l’acte de lecture. Et cette lumière éclaire moins des objets que les conditions mêmes de la perception. Elle éclaire les sens avant d’en éclairer… le sens.”




Avec toute la liberté qu’autorisent les méandres de la mémoire… et où la signature devient ainsi une écriture sans auteur identifiable que Lucian, promeneur curieux et appliqué… peut-être même impliqué, observe avec une attention presque animale…

Carnet de Lucian 
 
Aux premiers abords, les îles ne bougent guère, mais quelque chose circule entre elles. Un murmure, un souffle, une attente. Elles sont comme les gardiens d’une énigme. Leur présence seule donne à cet archipel l’allure d’un sanctuaire, d’un lieu où l’imaginaire s’est échoué et s’est mis à respirer.
Aux alentours, quand le regard s’aiguise, d’autres îles encore paraissent changer de forme au fil des jours et des marées. Certaines s’enfoncent lentement, on aperçoit les palmes noyées d’une forêt fossile, d’autres émergent par pans entiers… un panache de fumée, une gerbe de cendres, puis le surgissement d’un nouveau cône, fumant, charbonneux. Ces îles naissent, s’effondrent, se transforment à une échelle qu’aucun calendrier humain ne peut réellement contenir. Certaines d’entre elles, cependant, possèdent une sorte de signature… illisible pour le promeneur pressé.
Dans un sens profond, presque alchimique, la «signature» désigne ce par quoi une chose manifeste ce qu’elle est, sans le dire explicitement. On pense ici à la tradition de la signatura rerum: l’idée que les choses portent en elles des signes de leur nature. Une plante, par sa forme, «signe» son usage; une pierre, par sa texture, «indique» sa puissance. La signature n’est plus alors un acte humain, mais une manière pour le monde lui-même de se marquer, de se rendre lisible. 
Comme il a été dit… le chemin humain ne s’inscrit jamais sur un sol vierge. Il se trace toujours sur une matière déjà ouverte, déjà marquée, déjà exposée. Maintenant je le sais. D’autres, avant moi, ont parcouru ce chemin et y ont déposé toutes de traces… dont certaines, non seulement me sont encore invisibles… mais, pour la plupart, indéchiffrables…



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