«
Quand je considère la petite durée de ma vie, absorbée dans l’éternité
précédente et suivante, le petit espace que je remplis et même que je
vois, abîmé dans l’infinie immensité des espaces que j’ignore et qui
m’ignorent, je m’effraie et m’étonne de me voir ici plutôt que là, car
il n’y a point de raison pourquoi ici plutôt que là, pourquoi à présent
plutôt que lors. Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie. Et
de là je considère l’homme sans Dieu, abandonné à lui-même, sans
lumière, sans guide, perdu dans ce recoin de l’univers, sans savoir qui
l’y a mis, ni ce qu’il y est venu faire, ni ce qu’il deviendra en
mourant, incapable de toute connaissance, également propre à recevoir
toutes les erreurs et toutes les vérités. Qu’est-ce donc que l’homme
dans la nature?
Un néant à l’égard de l’infini, un tout à l’égard du néant, un milieu entre rien et tout.
Trop
éloigné pour comprendre les extrêmes, la fin des choses et leur
principe sont pour lui invinciblement cachés dans un secret
impénétrable; également incapable de voir le néant d’où il est tiré, et
l’infini où il est englouti. »
Pascal, Pensées

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