samedi 17 janvier 2026

Décalage

 

 

« Quand je considère la petite durée de ma vie, absorbée dans l’éternité précédente et suivante, le petit espace que je remplis et même que je vois, abîmé dans l’infinie immensité des espaces que j’ignore et qui m’ignorent, je m’effraie et m’étonne de me voir ici plutôt que là, car il n’y a point de raison pourquoi ici plutôt que là, pourquoi à présent plutôt que lors. Le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie. Et de là je considère l’homme sans Dieu, abandonné à lui-même, sans lumière, sans guide, perdu dans ce recoin de l’univers, sans savoir qui l’y a mis, ni ce qu’il y est venu faire, ni ce qu’il deviendra en mourant, incapable de toute connaissance, également propre à recevoir toutes les erreurs et toutes les vérités. Qu’est-ce donc que l’homme dans la nature?
Un néant à l’égard de l’infini, un tout à l’égard du néant, un milieu entre rien et tout.
Trop éloigné pour comprendre les extrêmes, la fin des choses et leur principe sont pour lui invinciblement cachés dans un secret impénétrable; également incapable de voir le néant d’où il est tiré, et l’infini où il est englouti. »
 
Pascal, Pensées  
 
 

 
 Il est inutile de vouloir écrire pour les autres. Ce qui résonne en vous résonne aussi dans le vide qui se crée autour de vous. Certains, très peu, captent un peu de ce qui leur parvient déformé.

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