« Parler, ce n’est pas voir.
Parler, c’est s’éloigner de ce qui est,
c’est entrer dans le mouvement de l’absence.»
Parler, c’est s’éloigner de ce qui est,
c’est entrer dans le mouvement de l’absence.»
Maurice Blanchot, L’Espace littéraire (1955)
Carnet de Lucian
Si Sapiens narrans est l’humain qui raconte, Sapiens dissimulans est celui qui sélectionne. Il censure et ajuste. Il est celui pour qui l’histoire n’est pas seulement ce qui se dit, mais surtout ce qui ne se dit pas. Le récit humain n’est jamais transparent. Sous chaque phrase se tient une ombre. Sous cette ombre travaille un voile qui tour à tour dérobe à la vue et dévoile. Nous ne construisons pas seulement des histoires, dans cette construction nous installons des silences. Avant d’être morale, la dissimulation est biologique. Dans le règne animal, se camoufler est une condition de survie. Chez l’humain, le camouflage migre du corps vers l’esprit. Nous avons appris à cacher nos peurs pour ne pas être dominés. Nous ne montrons guère nos doutes pour ne pas être exclus. Nos désirs se font discrets pour ne pas être jugés et nous cachons notre vulnérabilité pour ne pas être blessés. La dissimulation est d’abord une une armure. Elle n’est pas le contraire de la vérité. Elle est une stratégie de préservation.
« Le langage commence là où la présence se défait.»
Cette phrase de Maurice Blanchot dit quelque chose de très simple: nous parlons quand ce que nous vivons n’est plus totalement là. Tant qu’une expérience est immédiate, entière, elle se passe de mots. Elle se suffit à elle-même, dans un silence naturel. Le langage apparaît lorsque cette immédiateté s’estompe. Quand le lien direct avec ce que nous éprouvons se relâche, une distance s’installe. C’est dans cet espace que les mots deviennent possibles. Ils surgissent quand l’expérience n’est plus totalement présente, quand elle demande à être comprise. Un mot ne recouvre jamais complètement ce qu’il désigne. Il arrive après l’expérience. Il en garde une trace, une forme, sans pouvoir la restituer telle qu’elle a été vécue. Parler revient à prendre du recul, à transformer ce qui a été ressenti en quelque chose que l’on peut penser. Cette distance est essentielle dans la vie humaine. Nous avons besoin de mots pour traverser ce qui nous affecte. La douleur devient dicible lorsqu’elle peut être reconnue et nommée. La peur devient plus claire lorsqu’elle peut être formulée. Mettre des mots aide à ne pas rester enfermé dans l’intensité brute des sensations. Le langage implique toujours un tri. Il ne peut pas tout contenir. Il fait apparaître certaines choses et en laisse d’autres en arrière-plan. Le silence reste présent autour des mots. Il leur donne de la place et leur permet d’exister. Dans cette perspective, le langage permet de donner une forme humaine à ce que nous vivons. Il maintient quelque chose de l’expérience lorsque l’immédiateté s’est éloignée. Le sens naît de ce travail discret de mise en forme et de transmission. Le langage n’est donc pas seulement un moyen de communiquer. Il est l’espace où l’humain apprend à vivre avec la distance qui le sépare de ce qu’il éprouve. C’est à partir de cette distance que le récit peut se déployer. C’est là que se trouve la clé qui va nous ouvrir la porte qui pourrait permettre d’accéder au mystère d’Igniatius…
Cette phrase de Maurice Blanchot dit quelque chose de très simple: nous parlons quand ce que nous vivons n’est plus totalement là. Tant qu’une expérience est immédiate, entière, elle se passe de mots. Elle se suffit à elle-même, dans un silence naturel. Le langage apparaît lorsque cette immédiateté s’estompe. Quand le lien direct avec ce que nous éprouvons se relâche, une distance s’installe. C’est dans cet espace que les mots deviennent possibles. Ils surgissent quand l’expérience n’est plus totalement présente, quand elle demande à être comprise. Un mot ne recouvre jamais complètement ce qu’il désigne. Il arrive après l’expérience. Il en garde une trace, une forme, sans pouvoir la restituer telle qu’elle a été vécue. Parler revient à prendre du recul, à transformer ce qui a été ressenti en quelque chose que l’on peut penser. Cette distance est essentielle dans la vie humaine. Nous avons besoin de mots pour traverser ce qui nous affecte. La douleur devient dicible lorsqu’elle peut être reconnue et nommée. La peur devient plus claire lorsqu’elle peut être formulée. Mettre des mots aide à ne pas rester enfermé dans l’intensité brute des sensations. Le langage implique toujours un tri. Il ne peut pas tout contenir. Il fait apparaître certaines choses et en laisse d’autres en arrière-plan. Le silence reste présent autour des mots. Il leur donne de la place et leur permet d’exister. Dans cette perspective, le langage permet de donner une forme humaine à ce que nous vivons. Il maintient quelque chose de l’expérience lorsque l’immédiateté s’est éloignée. Le sens naît de ce travail discret de mise en forme et de transmission. Le langage n’est donc pas seulement un moyen de communiquer. Il est l’espace où l’humain apprend à vivre avec la distance qui le sépare de ce qu’il éprouve. C’est à partir de cette distance que le récit peut se déployer. C’est là que se trouve la clé qui va nous ouvrir la porte qui pourrait permettre d’accéder au mystère d’Igniatius…

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