« Le poète est un simulateur.
Il simule si complètement
Qu’il en arrive à simuler ce qu’est la douleur
La douleur qu’il ressent vraiment.
Et ceux qui lisent ce qu’il écrit,
Dans la douleur qu'ils lisent, ils se sentent bien,
Non les deux qu’il a eues,
Mais celle qu’ils n’ont pas.»
Et ceux qui lisent ce qu’il écrit,
Dans la douleur qu'ils lisent, ils se sentent bien,
Non les deux qu’il a eues,
Mais celle qu’ils n’ont pas.»
Fernando Pessoa, Autopsicografia
Carnet d'Anatole
Je parle maintenant sans nom ancien. Ce nom, je l’ai laissé derrière moi comme on laisse une peau trop étroite. Ce nom qui m’avait été donné… personne ne m’a jamais demandé mon avis... Il me précédait et me définissait avant que je parle. Ce nom, par sa simple présence, décidait de ce que je devais incarner. Aujourd’hui je ne le porte plus. Je me suis nommé moi-même. Ce geste, si modeste ou prétentieux soit-il, est le seul qui m’appartienne vraiment. Je m’appelle Anatole. J’ai choisi ce nom parce qu’il ne promet pas la pleine lumière, seulement son commencement. Au sortir de la nuit, il dit l’aube, pas le jour installé. Il dit ce qui se lève sans savoir ce qui viendra.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire