« Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors; voire, et quand je me promène solitairement en un beau verger, si mes pensées se sont entretenues d’affaires étrangères pour un temps, je les ramène à la promenade, au verger, à la douceur de cette solitude, et à moi. Notre grand et glorieux chef-d’œuvre, c’est vivre à propos. Tout le reste, régner, thésauriser, bâtir, n’est que petits appendices et secours, pour le plus.»
Montaigne, Essais
Carnet d’Anatole
Une question surgit soudain, comme une vague dans l’esprit. Elle apparaît et s’installe.
Vais-je vraiment penser quelque chose de neuf ?
Cette question pointe vers une source encore inconnue de l’expérience humaine. Je la laisse ouverte, vivante. Elle vibre comme une tension douce, volontaire. Sa manière d’apparaître m’est pourtant familière: la question porte déjà en elle le mouvement qu’elle voudrait dépasser.
Vais-je vraiment penser quelque chose de neuf ?
Cette question pointe vers une source encore inconnue de l’expérience humaine. Je la laisse ouverte, vivante. Elle vibre comme une tension douce, volontaire. Sa manière d’apparaître m’est pourtant familière: la question porte déjà en elle le mouvement qu’elle voudrait dépasser.
Alors, je porte mon attention sur le mouvement de la pensée. Je vois comment une pensée en appelle une autre, comment une image entraîne une image. J’observe comment un souvenir glisse vers une attente. Rien ne surgit de nulle part. Inventer, ici, c’est recomposer. Même la rupture reste une variation du même paysage intérieur. La pensée fonctionne par automatismes; elle s’enchaîne avant même que l’expérience ne se donne pleinement.
Peu à peu, une compréhension s’installe.
Chercher une pensée nouvelle fait encore partie du jeu de la pensée. Le passé pousse vers un futur rêvé libre, et ce mouvement, comme l’eau en un espace clos tourbillonne et tourne en rond, tentant vainement de s’échapper.
Quelque chose change alors, non dans la pensée elle-même, mais dans la manière de s’y rapporter.
L’attente d’une révélation se relâche. La pensée devient visible comme un courant: ses répétitions et ses ruses apparaissent clairement comme un chemin balisé. Une attention simple s’installe, sans but, tournée vers ce qui se montre. Et dans cette attention nue, quelque chose d’inattendu se donne.
Par moments, penser s’arrête tout seul. Il n’y a rien à ajouter, rien à commenter. La situation est pleinement là. Une présence tranquille remplit l’espace. L’expérience se déploie sans centre, sans narrateur. Le monde se donne directement, sans l’effort de comprendre. Comme si penser n’était plus nécessaire.
Alors une évidence apparaît. La vraie nouveauté ne naît pas de la pensée. Elle surgit quand la pensée se retire. Elle est brève, fragile, comme la lumière de l’aube, cette lumière qui habite déjà mon nom, Anatole. Un instant pur, avant toute interprétation.
Dans cet instant, la personne qui cherche à se dépasser disparaît. Il reste une conscience qui voit à distance le conditionnement à l’œuvre, sans s’y confondre. Certes, le conditionnement est toujours là, mais son pouvoir a changé: il devient un outil, non un maître.
La réponse à la question initiale se révèle alors, non comme une idée, mais comme une évidence vécue.
Une pensée absolument neuve n’existe pas. Mais une autre possibilité s’ouvre: voir. Voir sans le poids du passé, sans projeter l’avenir. Dans ce regard, je m’efface un instant. Il ne reste qu’une clarté impersonnelle… une ouverture. Et cette ouverture demeure, tant qu’on ne cherche pas à la saisir. Car vouloir la fixer ferait revenir les anciens réflexes. Une compréhension nouvelle et stable s’installe alors: la liberté n’est pas l’absence de conditionnement, mais la capacité de le traverser lucidement, au moment même où il apparaît.
Une liberté discrète, vibrante, fragile, juste au seuil de l’expérience.
Chercher une pensée nouvelle fait encore partie du jeu de la pensée. Le passé pousse vers un futur rêvé libre, et ce mouvement, comme l’eau en un espace clos tourbillonne et tourne en rond, tentant vainement de s’échapper.
Quelque chose change alors, non dans la pensée elle-même, mais dans la manière de s’y rapporter.
L’attente d’une révélation se relâche. La pensée devient visible comme un courant: ses répétitions et ses ruses apparaissent clairement comme un chemin balisé. Une attention simple s’installe, sans but, tournée vers ce qui se montre. Et dans cette attention nue, quelque chose d’inattendu se donne.
Par moments, penser s’arrête tout seul. Il n’y a rien à ajouter, rien à commenter. La situation est pleinement là. Une présence tranquille remplit l’espace. L’expérience se déploie sans centre, sans narrateur. Le monde se donne directement, sans l’effort de comprendre. Comme si penser n’était plus nécessaire.
Alors une évidence apparaît. La vraie nouveauté ne naît pas de la pensée. Elle surgit quand la pensée se retire. Elle est brève, fragile, comme la lumière de l’aube, cette lumière qui habite déjà mon nom, Anatole. Un instant pur, avant toute interprétation.
Dans cet instant, la personne qui cherche à se dépasser disparaît. Il reste une conscience qui voit à distance le conditionnement à l’œuvre, sans s’y confondre. Certes, le conditionnement est toujours là, mais son pouvoir a changé: il devient un outil, non un maître.
La réponse à la question initiale se révèle alors, non comme une idée, mais comme une évidence vécue.
Une pensée absolument neuve n’existe pas. Mais une autre possibilité s’ouvre: voir. Voir sans le poids du passé, sans projeter l’avenir. Dans ce regard, je m’efface un instant. Il ne reste qu’une clarté impersonnelle… une ouverture. Et cette ouverture demeure, tant qu’on ne cherche pas à la saisir. Car vouloir la fixer ferait revenir les anciens réflexes. Une compréhension nouvelle et stable s’installe alors: la liberté n’est pas l’absence de conditionnement, mais la capacité de le traverser lucidement, au moment même où il apparaît.
Une liberté discrète, vibrante, fragile, juste au seuil de l’expérience.

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