Où les perroquets, profitant de l’absence, très relatives d’ailleurs, des voyageurs, et, ayant déjà depuis longtemps, pris place dans le décors, prennent aussi la parole, en espérant se montrer dignes de leur maître… et… objectivement, connaître, si ce n’est où ils sont… du moins d’où ils pourraient venir…
— Je ne cesse de m’étonner… voyez-vous...
— Étonner de quoi?
— D’être.
— D’être.
— D’être où?
— D’être là… tout simplement.
— Voilà un étonnement qui me paraît bien ancien.
— Plus ancien que moi, précisément. Car enfin, j’étais déjà avant de savoir que j’étais. En ce temps-la je vivais et je sentais. Il m’arrivait de distinguer confusément ce qui me convenait de ce qui me blessait. Je cherchais la vérité… tout en craignant l’erreur. Je m’attachais à ce que j’aimais… et pourtant je ne me souviens pas d’avoir choisi aucune de ces choses.
— Vous voudriez, je le suppose, vous souvenir de votre commencement.
— Qui ne le voudrait pas?
— Je me retourne vers mes premières années comme vers une rive noyée de brume. Je sais que j’y ai vécu… mais je ne puis dire comment. Je sais que j’ai parlé… sans pouvoir jamais réentendre la première parole. Je sais que j’ai aimé… mais je ne puis retrouver le premier amour. Tout cela est en moi comme la lumière est dans l’aube…
— Présente avant d’être aperçue.
— Peut-être est-ce là notre condition.
— Laquelle serait..?
— Habiter des richesses dont nous ignorons l’origine.
— Voilà un étonnement qui me paraît bien ancien.
— Plus ancien que moi, précisément. Car enfin, j’étais déjà avant de savoir que j’étais. En ce temps-la je vivais et je sentais. Il m’arrivait de distinguer confusément ce qui me convenait de ce qui me blessait. Je cherchais la vérité… tout en craignant l’erreur. Je m’attachais à ce que j’aimais… et pourtant je ne me souviens pas d’avoir choisi aucune de ces choses.
— Vous voudriez, je le suppose, vous souvenir de votre commencement.
— Qui ne le voudrait pas?
— Je me retourne vers mes premières années comme vers une rive noyée de brume. Je sais que j’y ai vécu… mais je ne puis dire comment. Je sais que j’ai parlé… sans pouvoir jamais réentendre la première parole. Je sais que j’ai aimé… mais je ne puis retrouver le premier amour. Tout cela est en moi comme la lumière est dans l’aube…
— Présente avant d’être aperçue.
— Peut-être est-ce là notre condition.
— Laquelle serait..?
— Habiter des richesses dont nous ignorons l’origine.
— La mémoire… comme la langue nous précède.
— Tout comme le désir...
— Tout comme le désir...
— Nous arrivons au milieu d’une œuvre déjà commencée.
— Oui.
—Et c’est ce qui nous trouble.
— Car nous découvrons partout les marques d’une antériorité.
— Oui.
—Et c’est ce qui nous trouble.
— Car nous découvrons partout les marques d’une antériorité.
— Comme si nous trouvions des chemins avant même de savoir marcher.
— Et nous trouvons des mots avant d’avoir parlé.
— Des pensées viennent à nous avant de savoir penser.
— Et cependant toutes deviennent les vôtres… ou les nôtres…
— Et nous trouvons des mots avant d’avoir parlé.
— Des pensées viennent à nous avant de savoir penser.
— Et cependant toutes deviennent les vôtres… ou les nôtres…
– Comment cela peut-il se faire?
— Elles le deviennent… comme un héritage vient à l’héritier.
— Qui le reçoit… le porte…
— Et le transforme… mais il ne l’invente pas.
— Vous parlez comme si l’âme elle-même était précédée.
— Comment pourrait-elle ne pas l’être? Regardez l’Enfant Lune.
— Je le vois qui avance dans des paysages qu’il ne paraît pas avoir bâtis.
— Voyez comment les images tout comme les récits viennent à lui.
— Tout vient à lui.
— Il les accueille.
—Puis, comment ne pas l’entendre, elles, ces images parlent par sa voix.
— Mais qui dira où elles étaient… avant qu’elles ne viennent à lui?
— Peut-être nulle part…
— Peut-être partout… Car les choses les plus profondes ont ceci d’étrange: elles semblent attendre quelqu’un pour apparaître,
— Et pourtant elles existaient déjà!
— Ainsi en est-il de la parole.
— Oui… Cette parole que nul ne se donne à soi-même…
— Nous la recevons avant de la comprendre.
— Nous la servons avant de la posséder.
— Nous l’habitons avant de savoir qu’elle nous habite.
— Voilà qui devrait réduire singulièrement notre orgueil…
— Voilà surtout qui éclaire notre liberté.
— Comment cela?
— Parce que la liberté n’est peut-être pas de commencer.
— Que serait-elle alors ?
— De répondre.
— Répondre à quoi ?
— À ce qui était déjà là. À ce qui attendait dans l’ombre.
— Voulez-vous parler de cette ancienne lumière dont nous ne sommes ni la source ni le terme?
— Elles le deviennent… comme un héritage vient à l’héritier.
— Qui le reçoit… le porte…
— Et le transforme… mais il ne l’invente pas.
— Vous parlez comme si l’âme elle-même était précédée.
— Comment pourrait-elle ne pas l’être? Regardez l’Enfant Lune.
— Je le vois qui avance dans des paysages qu’il ne paraît pas avoir bâtis.
— Voyez comment les images tout comme les récits viennent à lui.
— Tout vient à lui.
— Il les accueille.
—Puis, comment ne pas l’entendre, elles, ces images parlent par sa voix.
— Mais qui dira où elles étaient… avant qu’elles ne viennent à lui?
— Peut-être nulle part…
— Peut-être partout… Car les choses les plus profondes ont ceci d’étrange: elles semblent attendre quelqu’un pour apparaître,
— Et pourtant elles existaient déjà!
— Ainsi en est-il de la parole.
— Oui… Cette parole que nul ne se donne à soi-même…
— Nous la recevons avant de la comprendre.
— Nous la servons avant de la posséder.
— Nous l’habitons avant de savoir qu’elle nous habite.
— Voilà qui devrait réduire singulièrement notre orgueil…
— Voilà surtout qui éclaire notre liberté.
— Comment cela?
— Parce que la liberté n’est peut-être pas de commencer.
— Que serait-elle alors ?
— De répondre.
— Répondre à quoi ?
— À ce qui était déjà là. À ce qui attendait dans l’ombre.
— Voulez-vous parler de cette ancienne lumière dont nous ne sommes ni la source ni le terme?
— Ainsi nous ne serions jamais l’origine.
— Non.
— Mais nous pouvons être le passage.
— Le passage seulement?
— Ne dites pas « seulement ». Une source cachée a besoin d’un lit pour devenir rivière.
— Comme une lumière a besoin d’une fenêtre pour entrer dans une chambre, une parole a besoin d’une voix pour traverser le temps.
— Alors nous ne sommes pas les auteurs.
— Peut-être pas.
— Ni les propriétaires.
— Certainement pas.
— Que sommes-nous donc ?
— Des lieux.
— Des lieux ?
— Oui. Des lieux où quelque chose paraît. Des lieux où quelque chose se souvient…
— J’ai compris… des lieux où quelque chose cherche à revenir.
— Revenir d’où?
— Voilà précisément ce que j’ignore… et c’est pourquoi je m’émerveille. Car plus je m’approche de mon origine… plus elle s’éloigne.
— Laissez-moi continuer… Et plus elle s’éloigne,
plus elle éclaire le chemin.
— Comme une étoile.
— Ou comme un souvenir dont nul ne se souvient,
et qui pourtant se souvient de nous.
— Non.
— Mais nous pouvons être le passage.
— Le passage seulement?
— Ne dites pas « seulement ». Une source cachée a besoin d’un lit pour devenir rivière.
— Comme une lumière a besoin d’une fenêtre pour entrer dans une chambre, une parole a besoin d’une voix pour traverser le temps.
— Alors nous ne sommes pas les auteurs.
— Peut-être pas.
— Ni les propriétaires.
— Certainement pas.
— Que sommes-nous donc ?
— Des lieux.
— Des lieux ?
— Oui. Des lieux où quelque chose paraît. Des lieux où quelque chose se souvient…
— J’ai compris… des lieux où quelque chose cherche à revenir.
— Revenir d’où?
— Voilà précisément ce que j’ignore… et c’est pourquoi je m’émerveille. Car plus je m’approche de mon origine… plus elle s’éloigne.
— Laissez-moi continuer… Et plus elle s’éloigne,
plus elle éclaire le chemin.
— Comme une étoile.
— Ou comme un souvenir dont nul ne se souvient,
et qui pourtant se souvient de nous.



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