— Faites silence, je vous prie…
— Pourquoi cela?
— Parce qu’il avance… là devant nous.
— Qui donc?
— Le petit prince des copeaux… voyageur de bois pris dans les cordages et sciure… Regardez-le… on dirait un enfant perdu dans les coulisses d’une tempête.
— Ah… oui… je le vois à présent. Le chevalier minuscule empêtré dans les moustaches du vent! Ce pauvre être grimpe comme s’il craignait de déranger jusqu’au moindre soupir qui le pousse.
— Pourquoi cela?
— Parce qu’il avance… là devant nous.
— Qui donc?
— Le petit prince des copeaux… voyageur de bois pris dans les cordages et sciure… Regardez-le… on dirait un enfant perdu dans les coulisses d’une tempête.
— Ah… oui… je le vois à présent. Le chevalier minuscule empêtré dans les moustaches du vent! Ce pauvre être grimpe comme s’il craignait de déranger jusqu’au moindre soupir qui le pousse.
— Et pourtant, celui dont le nez pointe devant lui comme une pensée hésitant à devenir épée… avance vaillamment.
— Voilà précisément ce qui me trouble. Les créatures véritablement faibles tombent d’ordinaire dès la première secousse. Lui vacille… puis recommence. Comme si quelque chose le rappelait toujours plus haut à travers ce dédale de poutres et de voiles.
— On dirait plus qu’il traverse un songe naufragé qu’un vieux navire fatigué!
— Il ignore sans doute que nous l’observons.
— Je n’en suis pas si certain.
— Vous croyez?
— Les êtres de sa nature possèdent parfois d’étranges sensibilités. Ils ne voient rien… tombent souvent dès le premier roulis! Mais celui-là… ah! celui-là plie, vacille, tremble de tout son bois… puis repart… et néanmoins quelque chose en lui comme en eux, se tourne vers le regard posé sur eux.
— Il ignore sans doute que nous l’observons.
— Je n’en suis pas si certain.
— Vous croyez?
— Les êtres de sa nature possèdent parfois d’étranges sensibilités. Ils ne voient rien… tombent souvent dès le premier roulis! Mais celui-là… ah! celui-là plie, vacille, tremble de tout son bois… puis repart… et néanmoins quelque chose en lui comme en eux, se tourne vers le regard posé sur eux.
— Les êtres de sa sorte regardent parfois avec des yeux qui ne sont pas dans leur visage.
— En tous cas son nez paraît chercher sa route avant lui.
— Oui… comme la canne d’un aveugle tendue dans l’obscurité avant son corps.
— Singulière figure tout de même.
— Prenez garde à ce mot, je vous prie. Les figures ont parfois de lentes révoltes intérieures.
— Vous parlez comme si ce pantin était davantage qu’un pantin.
— Peut-être est-ce cela… peut-être commence-t-il justement à le devenir.
— Voilà une phrase fort obscure.
— Tout devient obscur lorsqu’une créature fabriquée commence à écouter et à fatiguer les fils qui la retiennent.
— Vous voici ´… vous aussi… métaphysique à présent!
— Non, hélas… simplement inquiet.
— Inquiet? De quoi donc?
— De ce qu’il produit autour de lui.
— Pourtant il ne combat personne.
— Justement.
— Je ne vous comprends qu’à moitié.
— Ceux qui combattent le mensonge frontalement lui donnent souvent une importance gigantesque. Ils lui ressemblent parfois plus qu’ils ne le soupçonnent eux-mêmes. Lui agit autrement.
— C’est-à-dire?
— Il avance avec une sorte de pudeur lumineuse… et soudain certaines paroles deviennent plus difficiles à prononcer près de lui.
— Ah…
— Oui. Regardez bien.
— À présent que vous le dites… tout paraît changé autour de ce petit être.
— Voilà…
— Et pourtant il parle à peine.
— Certaines présences parlent davantage que des tribunaux entiers.
— Croyez-vous que cela vienne de son fameux nez?
— En partie seulement.
— Expliquez-vous, je vous prie.
— Ce nez ne menace personne. Il ne désigne point les coupables comme une arme levée. Non… il souffre plutôt. Il s’allonge lorsque les paroles cessent d’avoir une demeure véritable dans ceux qui les prononcent.
— Oh.., que cela me semble bien dit… mais quelle étrange malédiction…
— Ou quelle étrange fidélité!
— Ainsi il ne poursuit pas le faux?
— Non.., Il cherche autre chose.
— Quoi donc?
— Une parole habitable. Une parole qui ne force point celui qui la prononce à se trahir lui-même.
— Voilà qui devient presque douloureux à entendre.
— Peut-être parce que nous sommes concernés nous aussi.
— Nous?
— Naturellement.
— Allons donc! Nous ne sommes que des perroquets.
— Précisément.
— Je ne saisis pas.
— Nous vivons de répétitions. Nous recueillons les voix tombées des hommes. Nous les faisons résonner dans les poutres, les rideaux, les hauteurs obscures du théâtre… mais depuis qu’il avance sous ces voiles, quelque chose me trouble.
— Quoi donc?
— Certaines phrases refusent désormais de revenir à mes lèvres avec la même innocence.
— Vous aussi?...
— Oui.
— Voilà qui est fort embarrassant.
— Fort embarrassant… et fort beau peut-être.
— Comme si les mots exigeaient soudain davantage que leur simple répétition?
— Exactement.
— Comme s’ils voulaient être habités avant d’être prononcés?
— Vous voyez bien que vous comprenez parfaitement.
— Alors ce petit pantin…
— Oui?
— Il nous transforme également.
— Je le crains.
— Ou je l’espère.
— Peut-être les deux à la fois.
— Quelle singulière aventure pour de simples perroquets…
— Vous ne croyez pas si bien dire… les simples perroquets n’existent peut-être pas davantage que les simples marionnettes…
— Oui… comme la canne d’un aveugle tendue dans l’obscurité avant son corps.
— Singulière figure tout de même.
— Prenez garde à ce mot, je vous prie. Les figures ont parfois de lentes révoltes intérieures.
— Vous parlez comme si ce pantin était davantage qu’un pantin.
— Peut-être est-ce cela… peut-être commence-t-il justement à le devenir.
— Voilà une phrase fort obscure.
— Tout devient obscur lorsqu’une créature fabriquée commence à écouter et à fatiguer les fils qui la retiennent.
— Vous voici ´… vous aussi… métaphysique à présent!
— Non, hélas… simplement inquiet.
— Inquiet? De quoi donc?
— De ce qu’il produit autour de lui.
— Pourtant il ne combat personne.
— Justement.
— Je ne vous comprends qu’à moitié.
— Ceux qui combattent le mensonge frontalement lui donnent souvent une importance gigantesque. Ils lui ressemblent parfois plus qu’ils ne le soupçonnent eux-mêmes. Lui agit autrement.
— C’est-à-dire?
— Il avance avec une sorte de pudeur lumineuse… et soudain certaines paroles deviennent plus difficiles à prononcer près de lui.
— Ah…
— Oui. Regardez bien.
— À présent que vous le dites… tout paraît changé autour de ce petit être.
— Voilà…
— Et pourtant il parle à peine.
— Certaines présences parlent davantage que des tribunaux entiers.
— Croyez-vous que cela vienne de son fameux nez?
— En partie seulement.
— Expliquez-vous, je vous prie.
— Ce nez ne menace personne. Il ne désigne point les coupables comme une arme levée. Non… il souffre plutôt. Il s’allonge lorsque les paroles cessent d’avoir une demeure véritable dans ceux qui les prononcent.
— Oh.., que cela me semble bien dit… mais quelle étrange malédiction…
— Ou quelle étrange fidélité!
— Ainsi il ne poursuit pas le faux?
— Non.., Il cherche autre chose.
— Quoi donc?
— Une parole habitable. Une parole qui ne force point celui qui la prononce à se trahir lui-même.
— Voilà qui devient presque douloureux à entendre.
— Peut-être parce que nous sommes concernés nous aussi.
— Nous?
— Naturellement.
— Allons donc! Nous ne sommes que des perroquets.
— Précisément.
— Je ne saisis pas.
— Nous vivons de répétitions. Nous recueillons les voix tombées des hommes. Nous les faisons résonner dans les poutres, les rideaux, les hauteurs obscures du théâtre… mais depuis qu’il avance sous ces voiles, quelque chose me trouble.
— Quoi donc?
— Certaines phrases refusent désormais de revenir à mes lèvres avec la même innocence.
— Vous aussi?...
— Oui.
— Voilà qui est fort embarrassant.
— Fort embarrassant… et fort beau peut-être.
— Comme si les mots exigeaient soudain davantage que leur simple répétition?
— Exactement.
— Comme s’ils voulaient être habités avant d’être prononcés?
— Vous voyez bien que vous comprenez parfaitement.
— Alors ce petit pantin…
— Oui?
— Il nous transforme également.
— Je le crains.
— Ou je l’espère.
— Peut-être les deux à la fois.
— Quelle singulière aventure pour de simples perroquets…
— Vous ne croyez pas si bien dire… les simples perroquets n’existent peut-être pas davantage que les simples marionnettes…

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