samedi 30 mai 2026

(90) Résumé de l’histoire (suite 1)



 Carnet de Félix

L'histoire ne cherche pas une plaine fertile. Elle cherche une terre rare tout comme une fissure dans le basalte ou une poche de sol capable d'accueillir une racine. Une seule suffit parfois.

Les personnages semblent vivre selon cette loi. L'Enfant Lune trouve momentanément refuge dans un dessin. Don Carotte dans un bâton.
Pinocchio l'Autre dans une parole qu'il n'a pas encore prononcée. Igniatius dans une image.
Lucian dans une copie. Moi-même, peut-être, dans ces notes. Aucun de nous ne paraît installé.
Nous ressemblons davantage à des voyageurs qui passent d'île en île. Et pourtant, depuis quelque temps, une autre image s'impose à moi…
Le cirque.
Je m'étonne d'avoir mis si longtemps à le voir.
Car, presque dès le début, tout était déjà là.
Le cirque arrive de nulle part.
Il apparaît à l'horizon comme une île nouvelle.
Il choisit un terrain. Il plante ses mâts. Il tend ses cordes. Puis il construit, en quelques jours, quelque chose qui ressemble à une demeure.
Pourtant personne ne s'y trompe… cette demeure est provisoire. Ses poteaux entrent dans le sol sans jamais s'y enraciner. Ils dessinent l'image de l'enracinement. Ils en empruntent la forme. Ils en refusent la durée. Le chapiteau possède ainsi quelque chose de profondément paradoxal.
Il donne l'impression d'un centre.
Mais… ce centre voyage. Il donne l'impression d'une maison… et cette maison vit du départ. Il donne l'impression d'un lieu dont la seule 
vérité réside dans le passage.
Je commence à soupçonner que l'histoire que je lis fonctionne de la même manière. Chaque dessin ressemble à un chapiteau dressé au milieu du vent.
Chaque lettre crée momentanément un espace habitable. Chaque personnage agit comme un mât soutenant une toile plus vaste que lui… puis l'ensemble se démonte… et voyage…

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