Saint-Augustin, Confessions, livre XI, chap. XX
– Qu’entendez-vous… ou… qu’entend notre maître par “miroir avec du temps”?
– Nous entendons par là que la mémoire ne renvoie jamais exactement ce qui fut. Le miroir ordinaire restitue immédiatement une apparence. La mémoire, elle, laisse passer la durée à travers l’image. Elle conserve, mais en transformant. Ce qu’elle réfléchit a traversé des couches de vie, d’affects, d’oublis, de déplacements. Voilà pourquoi un souvenir n’est jamais une simple reproduction. Il est déjà devenu autre au moment même où il revient.
– Ainsi la mémoire déforme?
– Pas seulement. “Déformer” donnerait l’impression d’une erreur. Or la mémoire travaille davantage comme une profondeur. Le miroir montre une surface. La mémoire ajoute l’épaisseur invisible du vécu. Deux êtres peuvent avoir vu la même scène sans porter le même souvenir, parce que le temps ne traverse jamais deux consciences de manière identique.
– Le miroir serait donc sans passé?
– Il ne garde rien. Chaque image y disparaît aussitôt apparue. La mémoire, au contraire, retient des traces. Même ce qui semble oublié demeure quelque part, mêlé à d’autres images, à d’autres voix. Bergson disait que le passé ne cesse pas d’exister: il continue à coexister avec le présent sous une autre forme.
– Alors le souvenir serait une sorte de reflet retardé?
– Un peu… une sorte de reflet qui aurait vécu dans l’ombre avant de revenir jusqu’à nous. Et lorsqu’il revient, il apporte avec lui tous les temps qu’il a traversés. C’est pourquoi certains souvenirs ressemblent moins à des images qu’à des climats. Une odeur, une lumière, un bruit de pas, presque n’importe quoi, suffisent parfois à rouvrir un monde entier.
– Comme si le temps continuait à regarder à travers nous?
– Peut-être même plus encore… comme si nous étions faits de regards anciens qui continuent silencieusement à chercher une forme dans le présent.

Le fait qu’il soit partiellement caché me paraît important. Le chapeau paraît appartenir à un espace légèrement différent de celui du personnage suspendu… manifestement il s’agit de Pinocchio l’Autre. Il donne l’impression d’une présence plus vaste que ce que la scène montre directement. Presque comme si la figure… qu’il représente …ou… qui le représente… était déjà disséminée dans l’image.
Dans cet univers, ce détail devient immédiatement chargé de sens, parce que ce chapeau, comme celui de l’Enfant Lune ne me semble pas être un accessoire neutre. Il pourrait fonctionner comme une extension perceptive, une sorte d’organe extérieur, un morceau de nuit porté sur la tête. Ici, le fait qu’il apparaisse séparé ou décalé du corps pourrait suggérer plusieurs choses simultanément:
le personnage traverse le réseau de cordes, mais une partie de lui demeure ailleurs; la figure débordant son propre emplacement… ou encore le chapeau regarde ou observe avec attention avant même que le personnage ne perçoive...
Il y a presque un effet de “présence anticipée”. Comme si ce chapeau précédait celui qui le porte. Cela rejoint très fortement votre idée de figures vivant dans un temps déplié, où certaines manifestations arrivent avant leur propre origine apparente.
Et surtout: ce chapeau surgit au-dessus de la tempête. Il n’est pas englouti par elle. Traversant les colonnes et, visiblement, allant à la rencontre de Pinocchio l’Autre, il est visible comme un point de persistance dans le chaos des lignes et des vagues. Une petite île de forme stable dans un monde emporté par les forces.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire