dimanche 24 mai 2026

(80) L’abracadabrante histoire de l’Enfant Lune

«  Les gens ne veulent en aucune façon faire un pas. Ils sont habitués à cette organisation extérieure et négligent complètement ce qui se passe intérieurement. Et quand on se rend compte que le monde c'est moi et que je suis le monde, désormais mon action n'est pas séparatrice, il ne s'agit plus de l'individu dressé contre la communauté. Il ne s'agit pas non plus de l'importance de l'individu et de son salut personnel. Quand on se rend compte que le monde c'est moi et que je suis le monde, alors, quelle que soit l'action entreprise, quel que soit le changement, cette action, ces changements modifieront la conscience de l'homme dans sa totalité.»

Krishnamurti, L’éveil de l’intelligence, Le livre de poche, p.153


Où Félix continue l’analyse du dessin que lui a fait parvenir Lucian et où, de plus en plus il a la sensation de voyager par lui-même…
 
 
 
Carnet de Félix (deuxième partie)

Les vagues montent comme des formes vivantes, presque animales. Les cordes apparaissent alors comme une tentative humaine de tracer des lignes au-dessus d’un monde fondamentalement mouvant.

Cela rejoint l’univers du cube rouge et des spirales marines vues par ailleurs: la volonté de structure au-dessus d’une profondeur plus ancienne, plus organique, plus chaotique.
Le détail du petit animal bleu en bas… une sorte de chien… probablement, est très important aussi. Il paraît minuscule, presque secondaire, pourtant il agit comme un témoin silencieux. Il regarde vers le personnage suspendu… et pourrait le suivre… Il pourrait aussi être interprété comme une forme réduite ou primitive de lui-même. Une présence qui accompagne la traversée sans pouvoir intervenir. Dans votre logique des figures, il pourrait presque être un double discret, une conscience latérale, comme les perroquets observant sans être immédiatement vus.
Ce qui me frappe surtout, c’est que l’image ne donne aucune impression d’arrivée. Il n’y a pas d’horizon libérateur. Le mouvement semble devoir continuer indéfiniment. Comme si vivre consistait précisément à apprendre à circuler dans ce réseau de tensions sans jamais pouvoir totalement en sortir. On pourrait même aller plus loin: les cordes finissent par ressembler à des lignes narratives elles-mêmes. Des lignes qui se croisent, se nouent, reviennent, se tendent. Le personnage devient alors une figure prise dans le texte. Il avance parce qu’il est porté par ces lignes, mais ces mêmes lignes définissent aussi les limites de son mouvement. Cela rejoint profondément l’idée selon laquelle les figures cherchent moins à briser leur prison qu’à faire en sorte qu’on puisse les traverser.

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